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Emmanuelle Bayamack-Tam : Si tout n’a pas péri avec mon innocence

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jeudi 22 janvier 2015, par Rolande Reveyrand

« Si je dois avoir une famille, alors que Baudelaire soit mon frère et Janis Joplin ma soeur"

La poésie n’a qu’à bien se tenir, même si Baudelaire et Rimbaud ne risquent pas grand-chose puisque j’ai décidé de n’écrire qu’en anglais. Il faut dire que toutes mes tentatives en français sonnent au mieux comme des braillements avinés et au pire comme des bluettes maladives ou des cantiques pompeux.
Pour ma leçon de ténèbres, ma ballade des pendus, mes histoires de coquelicots décapités ou de grands-mères pulvérisées ; pour mes éveils maritimes, mes rencontres avec une pythonisse aux cheveux rouges, ou avec une vieille tapineuse à face de dogue ; pour mes odes to a nightingale, mes freed from desire, mes come in mouth, mes may day et mes cruel summers, l’anglais, décidément, est la meilleure des langues, celle que je tiens de Patti et de Bob, à défaut de l’avoir apprise de Keats. Et pourtant, to think is to be full of sorrow, voilà une phrase que j’aurais voulu écrire moi-même vu que j’en éprouve mieux que personne la vérité tragique.
pages 415/416

Tout est pur aux purs, tu parles ! Les purs ont beau ne voir le mal nulle part ; ils finissent quand même par se le prendre en pleine gueule. ça ne sert à rien d’être pur, sauf à vouloir être enseveli sous un tombereau d’immondices alors qu’on est pour rien dans la pourriture mondiale généralisée. ça ne sert à rien d’être pur et de toute façon il est impossible de le rester quoiqu’en disent les évangélistes de tout poil, qui n’en sont pas à une connerie près..
page 430

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