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l’hiver de Patrick

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samedi 21 février 2015, par Bernadette Perfetti

Etincelant ! un monde figé et étincelant et minéral . Pas de mouvement pas de bruit pas d’odeur ; un monde blanc et bleu avec quelques touches de gris.
Seuls dans cet univers, Elliot et Patrick troublent l’immobilité et le silence. Mais de façon si ténue, leurs souffles exactement accordés, le glissement des peaux de phoques sur la neige, et leur lente progression vers le sommet. Ils avancent paisiblement et régulièrement, de temps à autre celui de derrière double son ami pour faire la trace. Pas besoin de parler juste un petit sourire de contentement. Ils sont heureux !

Arrivés au point le plus haut ils profitent du paysage sur les vallées, s’imaginent voir la mer, les Alpes, enlèvent les peaux de phoque et s’assoient sur leur skis pour un casse croute.
Elsa ….

Ils ont prononcés le prénom en même temps. Sourires.
Elliot reprend :
- A-t-elle apprécié la balade en ski de fond ?
- Non , il faisait pas beau , je pense qu’elle avait trop fait la fête avec ses copains… mais elle m’a écrit plus tard qu’elle s’excusait de s’être comportée comme l’ado râleuse qu’elle est et qu’elle voulait bien réessayer.
- Vous vous entendez bien…
- Tu sais Elliot, à une ovulation près Elsa aurait pu être ma fille. Ton nom de famille est assez commun et je n’avait pas fais la relation avec la prof de journalisme que j’ai eu à 20 ans, dont j’étais follement amoureux et qui m’a planté au bout de 3 mois. Je suis parti vadrouiller dans le monde et un an plus tard quand je suis rentré un copain m’a dit avoir vu « mon ancienne liaison » à la télé militer pour le mariage pour tous et dire qu’avec sa compagne elles avaient une petite fille. Je n’étais pas prêt à être père et j’avais déjà vécu ses rebuffades acerbes, je suis reparti en voyage….. Quelque part en moi cette paternité supposée vivait et j’ai toujours su quel âge avait cet enfant… quand Elsa m’a raconté l’histoire de sa naissance, ça m’a fait un choc mais par son nom de famille j’ai compris que son père est l’autre naïf……c’est étrange …. j’étais à la fois déçu et soulagé……

La confidence de Patrick plane sur les sommets, s’élève porté par l’air des vallées qui commence à monter et se dilue dans le bleu parfait du ciel... Elliot dit seulement :
- Et maintenant ?
- Maintenant Elsa est la nièce de mon pote et j’espère une amie. …N’empêche j’étais fier quand elle m’a écrit qu’elle avait défilé avec ses copains de lycée le 11 Janvier avec une pancarte « Je suis Charlie » d’un côté et de l’autre « je suis une lycéenne nigériane » pour les filles et pour les garçons « je suis un musulman tué par les fanatiques ».

Un tout petit nuage à l’ouest et une bouffée d’air plus doux replongent les garçons dans la situation du moment. Il est temps d’entamer la descente si ils ne veulent pas patauger dans la soupe en fin de descente.
Préparatifs, bien ajuster les sacs, remettre les skis, serrer les chaussures, un dernier regard sur le paysages , gonfler encore une fois les poumons de cet air vivifiant.
La pente est raide au départ… une délicieuse angoisse avant le premier virage : est ce que ça va tourner facile . La neige est bonne vingt centimètres de poudreuse sur une sous-couche durcie. Le rêve des randonneurs. les virages s’enchainent facilement chacun sur sa musique personnelle danse sur la neige en plein accord avec la montagne. Exultation.

Sur un replat ils s’arrêtent pour contempler leurs traces deux festons sinusoïdaux ornent la pente . Elliot arrive près de Patrick lui envoyant une grande gerbe de neige légère. Chaque cristal miroite un instant au soleil avant de retomber en une fraiche brumisation. Patrick s’ébroue.
- tu vois cette paternité supposée s’estompant comme ce nuage étincelant, je vais peut être pouvoir construire quelque chose de plus durable dans ma vie .

Ils regardent leurs traces - Chouette, non ? - ils se tapent dans les mains en signe d’accord mais en fait chacun a le projet de faire tomber l’autre . Pari réussi . Ils peinent tous les deux à s’extirper en riant de leurs baignoires de neige fraiche et repartent dans la pente.

Glisse respire tourne
le regard sur le prochain virage
mélange le bleu et le blanc dans tes yeux
pour donner la couleur de la joie
Glisse respire tourne
le regard sur le prochain virage.
Glisse glisse glisse
Tourne…tourne…tourne
Respire ce moment étincelant.

1 Message

  • l’hiver de Patrick Le 22 février 2015 à 11:47 , par veronik leray

    C’est beau l’ecriture, nos personnages vivent mille vies. Je les envie.