Elle se meut dans un monde gris. Le soleil ne s’est pas encore levé. Elle adore ce monde sans lumière ni obscurité, sans ombres ni couleurs. Rien n’est vraiment visible, et rien n’est vraiment caché, tout est vague et confus. Les murmures de la nuit se sont tus -le souffle du vent, les cris enroués du (...)

27 octobre 1949. Le nouvel avion d’Air France, le Constellation, accueille trente-sept passagers. Le lendemain, il disparaît dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. Parmi les passagers, des personnalités – Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, Ginette Neveu, violoniste prodige –, des anonymes – une ouvrière, des bergers basques… A priori, des étrangers les uns pour les autres. Mais si l’on se place d’un certain point de vue, des enchaînements de causes infimes, des liens inattendus et des coïncidences troublantes surgissent, donnent à ce fait divers tragique des allures de destin. (note de l’éditeur)

Mooshum était né neuf mois après la saison de la cueillette des baies, un moment joyeux où les familles se retrouvaient et campaient partout dans les bois. Je suis parti cueillir des baies en compagnie de mon père, racontait toujours Mooshum, et je suis revenu en compagnie de ma mère. Il trouvait (...)

Quelle plus terrestre réalité que le chemin ? Partout – montagne, bois, steppes, déserts, plaines — des pistes, des sentiers, des passages. Les bêtes, en leurs déplacements, les hommes — culture des champs, commerce, pérégrinations de tous ordres —, ont inscrit sur la terre les traces de leurs allées et (...)

Alexandre Romanès, né en 1951 est issu de la famille Bouglione. Acrobate, dompteur de fauves, luthiste, il fonde avec sa femme Délia, danseuse tzigane de Roumanie, le cirque Romanès en 1994. Ce premier cirque Tzigane d’Europe est composé de Gitans et accompagné d’un orchestre venu des Balkans. Les rencontres d’Alexandre Romanès avec Jean Genet, Christian Bobin, Lydie Dattas, Jean Grosjean, Yehudi Menuhin l’incitent à apprendre à écrire pour exprimer à son tour ce qu’il ressent et apporter un témoignage sur le monde des gens du voyage. Il devient donc poète et publie plusieurs livres dont Un peuple de promeneurs chez Gallimard. Cet ouvrage mêle anecdotes, fragments de conversations, aphorismes dans un style simple, plein d’humour et profondément humain. Il nous apporte un regard tendre sur le monde des tziganes, un vent de liberté, de la légèreté et une bonne dose de bon sens. J’ai passé un très bon moment à le découvrir.

La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c’est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l’emporte pour toujours aux côtés d’un pilote acrobate ... Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le (...)

Cécile Ladjali, romancière de 40 ans enthousiaste, absolue, convaincue comme écrivain et comme professeur de la nécessité de la littérature : "on se construit par les mots." Vrai pour elle comme pour les collégiens de Seine-Saint-Denis ou les jeunes sourds qui sont ses élèves. (France info)

Alexeï et Zena ont grandi à Nadezhda, au bord de la mer d’Aral asséchée. Autarcique, leur amour s’est affranchi de tous les obstacles : le lent évanouissement de leur mer, la mort qui coule dans l’eau polluée du village, la surdité d’Alexeï survenue à ses dix ans. Jeune musicien prodige, Alexeï continue à jouer du violoncelle et ouvre son espace intérieur à des perceptions nouvelles. Mais le silence s’installe entre les amants à mesure que le pays devient de sable. S’inspirant, dans ses compositions, de ses “trois fiancées” (la mer, la musique et Zena) dont les effacements successifs se conjuguent, il part à la recherche de la huitième note, celle qui contiendrait toutes les autres, et aboutirait à l’“éternelle présence”. Récit de l’enfance sauvage, d’une vie en forme de mirage dans le silence hypnotique et les paysages austères du Kazakhstan, le roman de Cécile Ladjali oblige à scruter l’invisible, par un saisissant mélange de peur et de beauté. Actes Sud 4e de couverture

Un soir, il dépose sur l’assiette de Marie un feuillet avec la première tirade de son rôle. Marie le déplie d’une main fébrile, commence à lire, se réjouit, dit qu’elle veut la suite très vite. Mais quand il lui en donne une suite, elle change d’humeur. Il faut au moins la complicité de tous les dieux (...)

Lisières du corps est un livre pénétrant et lumineux d’une grande sobriété et justesse de ton dans lequel Mathieu Riboulet tente de saisir ce que révèlent du désir, de la vie et de la mort, les corps des hommes multiples qui en sont les personnages éphémères, car les corps disent plus que les paroles. Un livre fragmenté en six petits récits très descriptifs où vagabondent les pensées, les souvenirs et les rêveries du narrateur, et où ne s’instaurent quasiment pas de dialogues autres que ceux des regards et des gestes, que ces échanges entre corps regardant et regardé, entre corps touché et touchant. L’or des livres

« La petite Malika, ouvrière dans une usine du port de Tanger, demanda à son voisin Azel, sans travail, de lui montrer ses diplômes. – Et toi, lui dit-il, que veux-tu faire plus tard ? – Partir. – Partir… ce n’est pas un métier ! – Une fois partie, j’aurai un métier. – Partir où ? – Partir n’importe où, là-bas par exemple. – L’Espagne ? – Oui, l’Espagne, França, j’y habite déjà en rêve. – Et tu t’y sens bien ? – Cela dépend des nuits. »

Le roman laisse entendre que « partir » n’est pas la solution. Mais c’est avant tout une métaphore de la condition humaine quand elle est brutalisée par le manque et la misère. Ce livre est le portrait d’une jeunesse marocaine prête à tout pour "brûler"… Brûler ?… Brûler, signifie traverser la Méditerranée, brûler ses papiers, tout ce qui permettrait une identification de leur propriétaire et un renvoi à la case départ. On est loin du Ben Jelloun de l’époque de l’Enfant de Sables ou les Yeux Baissés. Ici, pour plus de réalisme, le ton est sec, presque journalistique, le récit est sans compassion, comme si Ben Jelloun s’était endurci avec le temps. Mais c’est aussi une manière de nous faire rentrer dans la réalité brute de ces jeunes pleins d’espoir confrontés à une situation souvent impossible à dominer. Un livre à lire, comme un témoignage qui nous ferait passer de l’autre côté d’un monde que nous côtoyons tous les jours.

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