C’est dans la trentaine que la vie m’a sauté à la figure. J’ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il est. J’ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je n’ai pas connu de guerre, ni la perte d’un proche, ni de maladie grave, rien. Rien qu’une banale histoire de séparation et de rencontre.

L’avis de Valériane Eulry, libraire :

La passion selon Juette vous entraîne dans un Moyen-âge totalement défait de ses clichés et autres images d’Epinal. Clara Dupont-Monod ne cherche pas à nous peindre un décor pittoresque, mais à se rapprocher au plus près des corps et des pensées. Huit siècles nous séparent et pourtant ces êtres humains sont émotionnellement incroyablement proches de nous, intemporels. Car Juette est une héroïne résolument moderne, féministe bien avant que cette notion voie le jour. Voici une œuvre à même de nourrir une véritable réflexion.

La mère, le père, toujours. Et ce mal de l’enfance, ces trouées, ce néant qui habite, pose les questions de toute une vie. Peu de lumières dans ce livre. On marche dans une forêt obscure et on cherche une clairière pour se reposer, étancher cette soif d’amour et de tendresse, se payer au moins un petit carré de clarté.

Comme une odeur de fumet qui nous titille les narines peut faire saliver au souvenir d’un plat exquis, chaque chapitre de Soulfood Equatoriale évoque un met particulier, un ingrédient caractéristique, des gestes et des ustensiles aussi, des souvenirs de son Cameroun que Léonora Miano ne peut quitter d’une papille… Avocat, gombo, gari, jazz (un pain chargé (sandwich) enrichi d’haricots rouges en sauce…), mwanja, ndole… autant de mot-clés dont la clé gustative nous est livrée par l’auteur, agrémentée de ses souvenirs ou de légendes élégantes. Comme une pause dans la biographie violente de Léonora Miano, Soulfood équatoriale est un véritable enchantement. Par le style d’abord, la plume acerbe, inventive, cinglante, drôle parfois, que Léonora Miano n’abandonne pas. Et puis par la forme des ces digressions culinaires, prétextes à rêveries, souvenirs heureux ou moins, initiation à la richesse peu connue d’une cuisine équatoriale. Dans ses pages, on entend tout, on entend les voix de ceux qui réclament des pains de 10, on entend le doux crissement du gari, le son de celui qui mange goulument sa sauce gombo, le mixer qu’utilise en cachette la belle qui prépare le ndole à son prince. J’ai entendu tout ça et plus encore. Les chapitres de Soulfood équatoriale éveillent les cinq sens, et autour de mets évoquent la faim, la joie, le labeur, la culture et l’identité. J’ai adoré ce petit livre, généreux et sincère. Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2009/06/soulfood-equatoriale.html

Maïssa BEY nous donne à voir ce crime « modeste » somme toute banal, mais qui par une écriture sobre, économe jusqu’à l’épure, confère à cette « saison » dans la vie d’une jeune algérienne, une saisissante force symbolique . Connivence totale avec son personnage. Séquences centrées sur Nadia , sur ce qu’elle entend, voit perçoit de sa place à elle. Roman scandé en pages courtes ou longues dans lesquelles l’essentiel est cerné, restitué en mots. Livre semblable à ces dessins où une ligne dépouillée suggère plus que mille traits extrait de la postface de Claire Etcherelli14

Ultimo est né au début de l’automobile. Son père est tombé amoureux de voitures et Ultimo des routes. Ultimo est parti à la guerre et a survécu à la retraite de Caporetto. Ultimo a vécu aux Etats Uni où il a rencontré Elizaveta. Ils se sont perdus ont tenté de se retrouver. Ultimo veut remettre de l’ordre dans le monde en construisant le circuit automobile idéal. Alessandro Barricco nous raconte la vie d’Ultimo en utilisant plusieurs narrateurs, s’autorisant parfois à jongler avec la chronologie, avec la légèreté et la profondeur, le futile et le philosophique, nous donnant un roman à la fois vif et prenant et source de réflexion.

Un grotesque sublime (par Virginie Brinker) : La citation en exergue de Sony Labou Tansi donne le ton : « J’ai fouetté / Tous les mots / A cause de leurs silences ». Le discrédit jeté sur la langue se poursuit dès le chapitre liminaire : « Za ne mérite pas de glisser mots et merveilles sur ma langue râpeuse[2] ». Dans ce chapitre, le narrateur, Za/Je, nous expose ses « dires ». L’écriture se fait oralité et l’ingéniosité linguistique dont fait preuve l’auteur trouve une cruelle explication. […] Cet oubli du soi originel, de sa culture – en un mot cette perte de l’identité propre- est peut-être l’une des clés d’interprétation du titre, Za – déformation-mutilation-difformité de « Je » – revenant de façon anaphorique et tout à fait prégnante dans l’ensemble de l’œuvre.

« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d’entendre ma mère dire Qu’est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J’étais déjà loin, je n’appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j’ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l’odeur de colza, très forte à ce moment de l’année. Toute la nuit fut consacrée à l’élaboration de ma nouvelle vie loin d’ici. » En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Édouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l’insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. Note de l’éditeur

Le livre s’ouvre sur une phrase d’Antonioni : « Le bonheur ne produit pas d’histoires. » Et s’achève par un éloge de la flâ-nerie, « légère, désinvolte et inutile ». On baguenaude ainsi à travers ce récit au charme discret, dont l’emprise se fait de plus en plus puissante, on vagabonde, on picore de chapitre en chapitre, le plus souvent très courts. Fabio Viscogliosi excelle dans la miniature, dont il cisèle tous les détails, chaque étape formant une sorte de petit chef-d’œuvre, du titre à la chute. Apparemment, on y parle de tout et de rien. Bribes de souvenirs, ébauches de portraits, esquisses de récits, références éclectiques, musique, peinture, cinéma, Calet, Villon, Magritte, Picasso, Snoopy, Buster Keaton, comme autant de compagnons de voyage. On savoure la malice, la distance, l’intelligence de ces croquis.

Sous l’apparent coq-à-l’âne se dissimule pourtant une subtile construction, un mot, un son, un écho résonnent d’un chapitre à l’autre, le goût de l’un appelant celui de l’autre, comme on pioche dans une boîte de chocolats sans pouvoir s’arrêter. Le lecteur, peu à peu, relie les pointillés et le tableau se dessine, pudique, vibrant, pétillant. Empreint d’une douce mélancolie. Des souvenirs d’enfance, les plus nombreux, émerge la figure du père, plombier d’origine italienne, brutalement disparu, avec sa femme, dans un accident. Autoportrait en creux, superbement composé, ce très beau premier roman raconte ainsi, à sa manière très personnelle, une histoire entre chien et loup, où bonheur et douleur se poursuivent et se cognent, inextricablement mêlés. La vie, tout simplement.

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