Écrire serait…

Mercredi 16 mars 2022 — Dernier ajout vendredi 18 mars 2022
crédit photo : Isabelle Jannot

Écrire serait entrecroiser les fils du réel et de la fiction, des espoirs et des regrets, des désirs et des projections, des sens et des sons. Se colleter à la page blanche comme chaque jour on accueille on attaque on traverse le jour naissant, on s’y cherche nouveau ou l’on s’y approfondit, on y inscrit un peu de nos humanités. On peut commencer par simplement énumérer puis arranger des mots entre eux et avec la page. Arranger, c’est-à-dire composer avec ordre ou dérèglement… Écrire serait une trouée dans la toile du quotidien, se tenir à la fenêtre qui à la fois sépare et donne à voir, se tenir plutôt à l’intérieur ou plutôt à l’extérieur, tendre un fil entre… entre la tête et le cœur… l’oreille et la main… entre… Ou bien écrire au cœur de la mêlée.

Et, avec ténacité et modestie, ouvrir l’espace de la page, l’espace de l’écriture, à d’autres, en atelier, chercher à rendre cet espace-temps accueillant, à la fois prometteur et aventureux. Simplement le rendre possible, à portée de main. Car même si chacun est fait du bruit des autres [1], on peut l’inviter à jouer son « bruit », à chercher et avancer ses propres mots au milieu de ceux des autres. Les autres de la vie bruyante dans la rue, au travail, en famille et les autres aux mots lus sur la page du livre du moment. Ceux de Georges Perec :

J’écris : je trace des mots sur une page.
Lettre à lettre, un texte se forme, s’affirme, s’affermit, se fixe, se fige… (…)
J’écris : j’habite ma feuille de papier, je l’investis, je la parcours.
Je suscite des blancs, des espaces (sauts dans le sens : discontinuités, passages, transitions)…
 [2]

ou ceux de Jacques Lacarrière au sujet de l’inspiration :
remontée - douce ou brutale - vers la surface du présent et le champ de notre conscience de tout ce qui en nous demeure dans l’ombre ou la nuit du passé.  [3]

Oser des mots dérisoires, quand d’autres luttent sous les bombes… Se savoir d’une seule toile ancienne à la trame invisible, à reprendre et à prolonger. Laisser les mots résonner d’un espace à l’autre, tisser des liens entre des univers, créer ce tissage unique et mouvant que l’on façonne et qui nous constitue.

[1Antoine Vitez : Mon corps est fait du bruit des autres

[2Georges Perec : Espèces d’espaces

[3Jacques Lacarrière : A l’orée du pays fertile

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