« Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs. Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là. »

Comme dans le poème de Verlaine auquel le titre fait référence, ce roman griffé de tant d’éclats de noirceur nous transporte pourtant par la grâce de l’écriture de Nathacha Appanah vers une lumière tombée d’un ciel si bleu, si calme, vers cette éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames.

Gallimard

De passion et de sensualité il est en effet souvent question dans Alexis Zorba, très beau roman signé Nikos Kazantzaki.

En chemin, ce jeune intellectuel fait une rencontre décisive, celle d’un vieux marin à la faconde inimitable : Zorba. Immortalisé au cinéma par le charismatique Antony Queen, notre héros est « un primitif qui fait craquer l’écorce de la vie » comme le dit l’auteur, un jouisseur qui vit tout avec intensité. Mais Zorba est aussi un personnage pétri de paradoxes, tendre et brutal, exalté et amer. Réunis pour une aventure de quelques mois, ces deux hommes que tout oppose, vont se lier d’amitié tout en confrontant leurs visions respectives de la vie. Disciple de Bergson, adepte de la connaissance empirique, l’auteur interroge également ici, la tension entre le désir de vivre et celui d’écrire.

C’était à Paris, en janvier 2015. Comment oublier l’état où nous fûmes, l’escorte des stupéfactions qui, d’un coup, plia nos âmes ? On se regardait incrédules, effrayés, immensément tristes. Ce sont des deuils ou des peines privés qui d’ordinaire font cela, ce pli, mais lorsqu’on est des millions à le ressentir ainsi, il n’y a pas à discuter, on sait d’instinct que c’est cela l’histoire.

(…)

Il y eut un moment, le 7 janvier, où l’on disait : douze morts, et on ne connaissait pas encore les noms ; on aurait pu deviner en y pensant un peu mais on préférait ne pas. Nous sommes encore dans cette suspension du temps, ne sachant pas très bien ce qui est mort en nous et ce qui a survécu dans le pli. Maintenant, un peu de courage, prendre dates c’est aussi entrer dans l’obscurité de cette pièce sanglante et y mettre de l’ordre. Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n’écrit pas autre chose.

Des tombeaux. (Note de l’éditeur)

C’était à Lagrasse, du 7 au 11 août 2017, pendant le Banquet du livre. Mais de l’autre côté du pont : sous la halle, au cœur du village. Mathieu Riboulet s’y est placé « dans la lumière, le vent, les pierres, le sable et les odeurs d’ici ». Il a dit ces textes, pour entamer des conversations sur l’histoire, soit l’art de nouer l’émotion de l’appartenance à la conscience du monde. Il a dit ces textes, afin que nous n’ayons plus à choisir entre rester ici et rêver d’ailleurs.

[note de l’éditeur]

Très court extrait de l’une des nouvelles du recueil « Tous les feux le feu », pour toucher à l’écriture précise de Julio Cortazar, conteur d’histoires quotidiennes, mais avec l’insertion subtile d’éléments bizarres, dérangeants, qui laisse un goût étrange

On tourne autour de certains écrivains longtemps avant de les lire. Ce que décrit John Fante dans le chapître 8 des « Compagnons de la grappe », je l’ai vécu, dans ma chambre de HLM, au Havre. J’avais 16 ans. C’était avec les livres de Philippe Djian.
Djian, qui me parlait déjà de Fante, de Faulkner, d’Hemingway, de Brautiguan, de Salinger. Fante que je mettrai plus de quarante ans à lire. Misère !

Il aura fallu plus de quarante ans avant de lire vraiment Fante.
J’aimerai, moi aussi écrire comme toi John Fante, ou comme toi, John Irving, ou, je me contenterai d’un joli mélange des deux. ;)

Des fois, on se demande pourquoi on fait certaines choses. Quel sens elles ont ? Pourquoi retaper mot pour mot le chapitre 8 de Fante ? A quoi ça rime ? A quoi ça rime d’écrire ? Est-ce que finalement rien ne rime à rien ? Mais que seul, le plaisir, permet de continuer ? Et là, ce chapitre 8, c’est une partie de plaisir.

VLM

Un beau jour, Tomas sort de chez lui et, poussé par une envie soudaine, décide de poursuivre son chemin. Laissant derrière lui sa femme et sa maison, il renoue avec l’art du vagabondage et se délecte de son effet salutaire sur la pensée. Dans ce récit contemplatif et ciselé, le lecteur est invité à accompagner ce flâneur infatigable à travers la Norvège. Sans obligations ni feuille de route imposée, celui-ci se laisse guider par l’envie et le rythme de ses pas : sa promenade improvisée le conduit au pays de Galles, à Paris, à Istanbul avant de l’entraîner vers les montagnes de la Transylvanie.

(Note de l’éditeur)

« Ce truc t’arrache la lumière des os » To the brink, I am Kloot

Un roman en 67 265 mots

J’étais assis dans la pénombre de la cabine depuis un moment déjà, le tabouret réglé à la bonne hauteur, et je ne me pressais pas d’introduire les pièces dans la machine. Toutes les conditions étaient réunies maintenant, me semblait-il, - pour penser. Il y a quelques minutes, sur le quai de la gare (...)

Claudie Gallay c’est l’écriture de la lenteur. Agaçante pour certains. Dans ce monde où tout va trop vite, elle nous permet de respirer autrement.

"La beauté des jours’ touche car elle s’ancre sur le quotidien monotone parfois de nos vies. Tout va bien, tout est rangé, organisé, mais qu’en est il vraiment ? Comment laisser surgir ce qui nous habite vraiment ? Au delà des regrets de ce que nous aurions pu être, ce que nous aurions pu faire ? Mais est ce que ça vaut le coup de tout balancer par la fenêtre pour suivre le moindre courant d’air ?

Et ce terreau de l’enfance que nous rejetons parfois violemment ? N’y a t’il pas là une part de notre ancrage qui nous aide contre les vents et les marées ?

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