Le 10 mai 1940, les troupes nazies d’Hitler envahissent les Pays-Bas. Dès février 1941, à la tête du corps expéditionnaire chargé du pillage, le Reichsleiter Rosenberg se rue à Amsterdam et confisque la bibliothèque de Spinoza conservée dans la maison de Rijnsburg. Quelle fascination Spinoza peut-il exercer, trois siècles plus tard, sur l’idéologue nazi Rosenberg ? L’œuvre du philosophe juif met-elle en péril ses convictions antisémites ? Qui était donc cet homme excommunié en 1656 par la communauté juive d’Amsterdam et banni de sa propre famille ?

Spinoza se tourne vers lui et doucement, comme un maître à un jeune disciple, interroge : « Dites-moi, Jacob, croyez-vous en un Dieu tout-puissant ? » Jacob acquiesce sans un mot. « En un Dieu parfait ? Qui se suffit à Lui-même ? » Jacob acquiesce de nouveau. « Alors sûrement vous en conviendrez, par définition un être parfait qui se suffit à lui-même n’a pas de besoins, ni d’insuffisances, ni de souhaits, ni de volontés. N’est-ce pas ? » Jacob réfléchit, hésite, puis en convient avec méfiance. Spinoza note un début de sourire sur les lèvres de Franco. « Alors, poursuit Spinoza, je suggère qu’il n’y a pas de volonté de Dieu en ce qui concerne le comment, ni même le pourquoi Le glorifier. Donc permettez-moi, Jacob, d’aimer Dieu à ma façon. » Franco écarquille les yeux. Puis il regarde Jacob comme pour dire : « Tu vois, tu vois. Le voilà l’homme que je cherche. »

”Il semble paradoxal de dire que les hommes sont plus utiles les uns aux autres quand ils suivent chacun leur propre chemin. Mais il en va ainsi lorsqu’il s’agit d’hommes de raison. Un égoïsme éclairé mène à l’entraide. Nous avons tous en commun cette capacité à raisonner, et le vrai paradis sur terre adviendra le jour où notre engagement à comprendre la Nature, ou Dieu, remplacera toutes les autres attaches, qu’elles soient religieuses, culturelles ou nationales.”