Portée par la question de nos outils personnels dans notre processus d’écriture, la proposition emprunte des chemins détournés et explore la mise en relation - matérialisée par le mot « avec » - avant de revenir vers la recherche de Leslie Kaplan.

Proposition


1. écrire un aphorisme à partir du mot « avec » puis, en choisir un autre et écrire un nouvel aphorisme pour les relier.

2. écrire un aphorisme avec « outil » puis, en choisir un autre et écrire un texte (court) qui les déplie.

3. Après la lecture des notes brèves concernant les objets qui sont sur ma table de travail, de Georges Perec, écrire ses propres notes des objets présents sur sa table de travail.

4. Lecture de Leslie Kaplan : « les outils » écrire un texte dont le titre pourrait être « écrire avec », ouvrir la question de l’avec et des outils de sa propre écriture, écrire en se laissant porter par la matière amassée tout au long de l’atelier d’écriture. Choisir comme première phrase l’un des aphorismes écrits en 1 ou en 2.


Les textes

Ecrire avec …

Ecrire avec … la vie Ecrire avec … la pluie Décrire la parapluie Ecrire un jour maussade Oublier les cartables Ecrire avec … un crayon

Effacer… réécrire ton nom

Ecrire avec … La nuit qui enveloppe La faim qui grignote Le stylo qui gigote Ecrire sans bruit Sans larmes aussi Ecrire l’air de rien Un texte qui se tient Ecrire avec … une gomme Ça m’étonne Ça détonne ! Ecrire la joie Ecrire près de toi Ecrire sous mon toit Et toi Si tu n’étais pas là ? Ecrire avec … cette absence-là Te dire me redire Répétition collision Ecrire avec … attention Sollicitation

Non Plutôt Ecrire avec … rage En nage Oublier l’âge Ecrire une enfance Quelque part en dormance Réécrire mon enfance Comme une romance

… Tout de suite Lâcher les violons Laisser filer les émotions

Ecrire avec … aujourd’hui Le soleil qui luit Ecrire avec … Ecrire avec … Etourdie que je suis ! Avec des mots Naturellement calmement Simplement Avec … mes mots Et aussi les tiens

Ecrire en peinture Sur les murs Peindre en mots Chapeau ! Ecrire avec … un regard Ecrire sans mot De la fin le mot Ecrire avec … le silence Avec tes silences Ecrire toute ta présence

Mariane


J’écris avec la vie

Il est inutile de dire. Il suffit d’être avec. Dans le reflet de son regard, nous avons écrit ensemble. Allongés sur l’herbe. Elle a longtemps gardé l’empreinte de son corps, même après la mort.

J’écris avec ma vie. J’écris avec les mots qui passent comme les nuages dans le ciel. Je suis gonflée comme une outre de vie, la mienne et celle des autres. Je retranscris les vibrations. Elles peuvent être bercées d’une musique, d’un tempo, gravées par une image. Mais toujours, toujours, le sentiment l’inspire, lance l’écriture.

En ce moment, j’écris sur les photographies d’un ami de passage. Une fleur, des couleurs, je pars. A travers la fleur, ma vie. Les couleurs, mon ressenti.

J’écris le deuil pour mieux le garder vivant encore et encore. Comme si les mots avaient pouvoir de résurrection.

J’écris les trahisons et l’incompréhension, car se sont mes tensions. Et j’écris aussi l’espoir, le bonheur qui m’entoure. Sans eux, je n’écrirai pas. Je n’écrirai plus.

J’écris aussi pour le partage. J’ai reçu beaucoup de l’écriture des autres. J’ai construit mes rêves et ce que je suis grâce aux livres, à la musique des mots, aux mots mis en chansons.

Les mots ne vont pas sans la musique. Même celle du silence les emmènent.

Continuer d’écrire pour espérer et faire une passerelle jusqu’à l’autre rive en dansant sur la corde du temps. Le reste….de la littérature.

Véronik


Pourquoi faire avec quand on peut faire sans ? Pourquoi écrire quand ce n’est pas une obligation ?

Pourquoi faire seul quand on peut faire ensemble ? Pourquoi écrire seul quand on veut être entendu ?

Écrire avec les autres, écrire pour partager .

Écrire avec les mots , tous les mots, tous les mots donnés par les autres, tous les autres : les parents, les amis , les livres , les dictionnaires , les films….

Écrire avec émotion, avec gaité, avec appréhension.

Écrire en plagiant - forcement

Écrire en pensant - illusion

Écrire en riant - plaisir

Écrire en pleurant - à éviter

Écrire pour faire plaisir ; Non ! pour se faire plaisir.

Écrire pour ne rien dire ; autant se taire…se taire…..se taire… ..se taire…

Bernadette


ECRIRE AVEC

Ecrire, taire l’inutile, et dire des silences.

On écrit souvent avec des soupirs. Des soupirs qui en disent long sur la difficulté d’aller à la rencontre de soi par l’écriture. Rencontre de soi va avec celle de l’autre, son miroir, son double, ou son contraire.

Faire table rase. Au sens propre comme au sens figuré. Partir du rien, du vide. Pour aller vers le tout, vers le plein. Puis revenir. Ou le contraire ?

Entre les deux, un long chemin que l’on amorce souvent en solitaire. On croise quelquefois un pèlerin de son espèce. On fait un bout de chemin ensemble.

On écoute, on dit, on partage. Puis on repart, chacun sur sa route, la besace en bandoulière. On trie, on jette. A trop porter on s’échine. On ne garde que l’essentiel. Ce que l’on croit être l’essentiel : des mots entrecoupés de silence, un silence qui parle.

J’ai entendu que c’était un art dans l’écriture : taire pour mieux dire.

Je me suis égarée sur le chemin. Pas de boussole. Juste la certitude d’aller plus loin, moins vite, avec ou sans boussole.

© Photo Cok Friess Je cherche un seul mot. C’est pourquoi j’en écris mille. La lumière végétale et lente des arbres abrite un vitrail de résines. C’est pourquoi j’écris à la lisière du mot parfait qui est le silence. © Patrick Chemin

Rolande


Écrire à l’autre permet d’entretenir le lien. Il y a toujours eu des rencontres qui m’ont inspirée. Je n’imaginais pas qu’un jour un visage, un mot, une situation m’aménerait sur le chemin des mots. Vous les écrivains qui avaient croisé ma route, avec qui j’ai échangé souvent, merci de m’avoir donné envie de vous imiter. Un hommage tout particulier aux poètes qui savent si bien travailler les rimes. A vous tous qui m’avez fait aimer les mots pour me permettre d’assouvir mes maux, je suis si reconnaissante. Comme dit Christian Bobin dans la part manquante : « on écrit souvent par manque d’amour ». L’écriture s’est présentée à moi pour combler un vide. On comble toujours des vides dans la vie quels qu’ils soient. J’écris pour transmettre, pour panser des blessures peut-être. Mais j’écris avant tout pour l’amour des mots. Quand il me vient à l’esprit une image j’ai besoin de la coucher sur la page, de jongler avec les lettres. J’aime entendre le bruit du stylo qui court sur la page blanche et qui s’accentue lors d’une rature. J’aime l’odeur du papier et sa texture. Et pour écrire, pas besoin de beaucoup d’outils, il suffit juste de se laisser aller et de faire fructifier son imagination. Petits papiers, petits mots, grands mots, courrier du cœur, n’ayez pas peur envolez-vous !

Monique O (13/09/2012)