La lecture à voix haute suscite un regain d’intérêt, il s’agirait même d’un véritable renouveau.
Chez les Tisseurs de Mots comme ailleurs, elle est pratiquée à la fin de chaque atelier d’écriture, mais il y a aussi les siestes poétiques, des ateliers d’une journée, des stages et plus récemment la lecture publique des Lettres confiées au vent.
En lisant à haute voix, nous nous inscrivons dans une longue lignée de « diseurs ».
Aux temps préhistoriques bien sûr, les savoirs se transmettaient uniquement oralement. Un peu plus tard, les savoirs toujours, mais aussi les paroles ailées qui portaient les contes se sont transmises de cette façon : ainsi sont sans doute nés les grands mythes. Puis vint une prodigieuse invention : l’écriture. Mais l’écriture qu’elle fût sur des tablettes d’argile, du papyrus, du parchemin ou d’autres supports, a fixé, figé peut-être, ce qui ne se transmettait plus oralement. Pas d’improvisation, moins de liberté !
Dans l’Antiquité, même en privé, on ne lisait qu’à voix haute. Les Grecs, les Romains pensaient que tout texte écrit avait besoin de s’approprier une voix vivante pour être complet et atteindre sa plénitude. [1]
Plus tard, au Moyen-Age, les livres, patientes œuvres des copistes, étaient rares et coûteux, et la parole restait le principal moyen d’accéder à la culture. Dans l’univers monastique la lecture à voix haute relevait du rituel obligatoire. Quand vint l’imprimerie, les livres furent plus accessibles, plus répandus et l’on commença à lire à voix basse, pour soi seul. Après bien d’autres étapes encore nous voici maintenant à l’ère numérique.
Mais restons-en aux livres qui nous sont si précieux. Ils ont permis de conserver un grand nombre de textes qui auraient sans doute été perdus sans eux (malgré de grands désastres comme l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie, sans oublier certains autodafés plus récents…). C’est grâce aux livres que nous sont parvenus l’épopée de Gilgamesh, les récits bibliques, les Contes des Mille et une nuits, et tant d’autres…
Les lectures publiques que nous faisons aujourd’hui amènent à se poser bien des questions. Prêter sa voix aux mots d’un autre est un exercice difficile. Comment être certain de ne pas trahir l’auteur diront les uns, quand d’autres pensent que le texte appartient à celui qui le lit et peut l’interpréter comme il l’entend.
Il y a des mots pleins de douceur, ils peuvent aussi être tranchants comme des lames, certains pourraient n’être que chuchotés car ils relèvent de la confidence, il y a des mots triomphants, des mots remplis de colère, et d’autres pour dire la résignation, le regret, il y a des mots d’amour, des mots de haine, et tant d’autres… Chaque lecteur sent et exprime différemment les mots qu’il lit. A chacun sa subjectivité, sa diction, son rythme, ses silences… Faut-il parfois laisser la musique des mots assemblés primer sur le sens de la phrase ?
On voudrait servir un texte avec humilité, ne pas se mettre en scène, ne pas oublier que la lecture à voix haute n’est pas du théâtre, et pourtant donner au texte de la vivacité. Comment faire ? Comment faire pour contenir l’émotion ? Comment faire pour donner à chaque mot son juste poids : pas moins et surtout pas plus ?
Ne faut-il pas, sans costume, sans décor, sans véritable mise en scène, arriver à faire jaillir des images et même parfois faire naître une sorte d’enchantement chez ceux qui écoutent ? Et alors le lecteur à voix haute devient une sorte de passeur…










