Barbara Kingsolver : Des vies à découvert

Mardi 19 avril 2022

Barbara Kingsolver commence son roman peu avant l’élection de Donald Trump, elle relate l’effondrement de l’Amérique à travers le vécu d’une famille de la classe moyenne. Un siècle et demi plus tôt, la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces mettait en relief les rigidités de la société. Deux époques, deux héroïnes : Willa Knox, journaliste indépendante en pleine crise existentielle et Mary Treat, scientifique émérite largement oubliée malgré sa proximité intellectuelle avec Darwin, sont liées par une forte personnalité, un intense besoin de liberté et… une maison en mauvais état.

L’anti-conformisme de Mary Treat est rejoint au XXIe siècle par le combat de Tig, la fille de Willa, qui alerte sur le désastre écologique causé par le capitalisme sauvage et défend un mode de vie moins soumis aux désirs matériels. Quelques lenteurs parfois ne gâchent rien à ce roman passionné et instructif dont une subtilité littéraire renforce l’effet, les derniers mots d’un chapitre composent le titre du chapitre suivant, la narration alterne entre passé et présent. Barbara Kingsolver crée ainsi des parallèles entre l’écologie d’alors et d’aujourd’hui, le populisme qui régnait en maître et reprend de plus belle… L’auteure a fait sienne la cause écologique, sensible à la justice sociale et à la biodiversité.


  • Eh bien, ça a été une sacrée semaine, Tig. Je viens d’apprendre que notre maison est programmée pour la démolition
  • Maman. Le permafrost est en train de fondre. Des millions d’hectares
    Willa essaya de trouver un lien. « Et je m’inquiète seulement pour ma maison. C’est là que tu veux en venir ? »
    Tig secoua la tête. « ça fait tellement, tellement peur. Des incendies et de la pluie, voilà ce qui nous attend, maman. Des tempêtes qu’on ne pourra pas contrôler, des tas de gens sans abri, mais sans nulle part où aller. Les villes englouties sous l’eau et après ? On ne peut plus aller aux abris quand il n’y a plus d’abri.

Le héron arpentait à présent les berges du ruisseau très près de l’endroit où ils étaient assis. Thatcher et Mary le regardaient serpenter parmi les hauts roseaux à l’affût de sa proie. Regardaient couler le ruisseau rouge, le sang de la forêt dissolvant la terre.
« Je suppose que c’est dans notre nature, dit-elle finalement. Quand les hommes craignent de perdre ce qu’ils connaissent, ils suivraient n’importe quel tyran qui leur promet de restaurer l’ordre ancien.

  • Si telle est notre nature, alors la nature est pure folie. Les temps que nous vivons sont les plus dangereux que nous ayons jamais connus."

Barbara Kingsolver : Des vies à découvert, Rivages poche.

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