Même court, le feu a besoin d’un souffle.
Le souffle attise, produit la flamme.

Vers le milieu des années soixante, je me suis aperçu que j’avais du mal à me concentrer sur les récits d’une certaine longueur. Pendant un temps, j’ai éprouvé autant de difficultés quand j’essayais d’en lire que lorsque je m’échinais à vouloir en écrire.(…) Passer en coup de vent. Ne pas s’éterniser. Reprendre sa route.
(...)
Il y a des écrivains bourrés de talent. Je n’en connais aucun qui n’en soit complètement dépourvu. Mais une vision des choses, unique et précise, et l’art de trouver le contexte qui permet d’exprimer cette vision sont une autre paire de manches. Le monde selon Garp est, bien sûr, le monde merveilleux selon John Irving. Il y a aussi un monde merveilleux selon Flannery o’connor, des mondes selon William Faulkner et Ernest Hemingway (…) tout bon écrivain, ou même tout très bon écrivain, refait le monde à sa mesure.

Raymond Carver, Feux, extrait « De l’écriture »

La flamme prend une teinte toute particulière selon le taux de certains éléments, du peu ou du plein d’oxygène, du bleu au rouge en passant par le jaune et le vert. Le feu réchauffe, procure une jouissance et d’autant plus lorsque la nuit est claire et constellée d’étoiles.

La chose dont je parle ici a une parenté avec le style, mais ne ramène pas au seul style. C’est la griffe particulière, et reconnaissable entre toutes, qu’un écrivain appose à tout ce qu’il écrit. Cet univers, c’est le sien. Il n’appartient qu’à lui. C’est l’un des éléments qui permettent de distinguer un écrivain d’un autre. Pas le talent. Le talent, ça court les rues. Mais un écrivain qui a une façon spéciale de voir les choses et qui donne une forme artistique à cette manière de voir est un écrivain qui a des chances de durer.
(...)
Dans un poème ou une nouvelle, on peut écrire des objets parfaitement triviaux, dans une langue on ne peut plus banale, mais d’une grande précision, et doter les dits-objets - un fauteuil, un rideau, une fourchette, un caillou, une boucle d’oreille – d’une force considérable, et même confondante. On peut placer dans un dialogue une petite phrase anodine, mais qui fera remonter un frisson le long de la colonne vertébrale (réaction, qui est, selon Nabokov, le signe de la jouissance esthétique). C’est la manière d’écrire qui m’intéresse le plus.

Raymond Carver, Feux, extrait « De l’écriture »

Les Tisseurs de Mots, même s’ils ont pris leurs quartiers d’été, même s’ils semblent tenter de reprendre souffle, s’activent, en sourdine, se regardent dans la glace, observent, tâtent, préparent le fard à paupière, l’eye liner, le gloss. Ils ont envie d’abord d’explorer leurs profondeurs, avant de venir sous les feux de la rampe avec des projets d’écriture, de lecture, des écrits et des textes où les voix se mêlent, des étoiles nouvelles dans leur ciel. Là, voilà, aujourd’hui ils ont ramassé les pierres, le bois, qu’ils ont disposé, les uns en cercle, les autres en quinconce. l’un, propose des stages tout l’été, d’autres lisent, écrivent, tous, amassent de la matière pour les jours plus froids. Ils ont gardés de belles braises des dix années passées, elles devraient refaire de beaux feux qui montent et lèchent le ciel.

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