Tu entres dans le noir et blanc
Les flancs de la ville
Le chaud des passages
Bientôt
Tu partiras
Dans le mouvement des nuages
Tu partiras
Téter la lumière
Chercher celui
Qui parle
Tout seul
Aux oiseaux invisibles
Ils ne savent pas
La naissance de la ville
Ne voient que ses racines
À ciel ouvert
Fonte
Bitume
Tubulures d’acier
N’ont que le vent
Dans leurs os
Qui rugit et ruine
L’homme en chien de fusil
Il y a
Des passages
Que brisent l’eau et la lumière
Il y a des pas perdus
Sous les ponts
Il y a
Des fraternités au bord du vide
On tend la main vers ailleurs
Le cœur des mortels s’étire
Comme une ombre
La ville n’a plus de rives
À corps perdus
Nous sommes
En elle
Fin de marché
Ils sont deux
Leurs yeux pleins de contresens
Un fruit à la main et
Le sucre aux lèvres
La rue frémit d’eau claire
Ils enjambent les cageots
Les oranges éclatées
Pour aller à la rencontre
D’un baiser
Les vieux balais font un bruissement d’Éden
Nos vies
Prises dans la glace
Ne le seront jamais
Sous la neige
Le fleuve
Respire un autre voyage
On attendra que l’hiver s’éloigne
Les caillots du temps dans
Nos chansons lentes
Là-haut la grue
Offre son grand corps sec
Sa crinoline parfaite
Il gravit l’escalier de métal
À chacun des dix paliers
Il s’arrête, reprend sa respiration
La tête dans le vide
S’accroche aux barreaux
Le vent passe à travers
Ça grince mais
Seul son cœur de grutier pivote
Paola Pigani : Le cœur des mortels, La passe du vent, 2019.
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