Cela pourrait être n’importe qui et c’est bien là la douleur. Et c’est comme pour tout le monde qui, se réveillant chaque matin et se regardant dans la glace, pense : « cela pourrait être n’importe qui ». Et la vie, comme une énigme, joyeuse ou malheureuse, la vie engluée dans un temps trop linéaire, comme une flèche. Cela pourrait être n’importe qui. Il pourrait s’appeler n’importe comment. C’est ce que, du moins, il pense, lorsqu’on lui demande son prénom : « comment vous appelez-vous ? » - Je m’appelle Harwan, mais ça n’a aucune importance et je pourrais bien m’appeler n’importe comment, comme n’importe qui. C’est comme ça. Ce n’est rien. Harwan, un étudiant montréalais d’une trentaine d’année, sur le point de soutenir sa thèse, se retrouve, suite à une série d’événements profondément banals, enfermé une nuit durant dans une des salles du Musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. La nuit sera longue. Elle durera plus de deux mille ans et l’entraînera, sans qu’il ne puisse s’en douter une seconde, au chevet de sa langue maternelle oubliée il y a longtemps sous les couches profondes de tout ce qu’il y a de multiple en lui. Je m’appelle Harwan. »

L’envie d’écrire pour ne plus être compris. Que faire lorsque vous ne supportez plus quelque chose que l’on ne peut pas affirmer ne pas supporter ? La domestication d’une vie sage et sauvage. Tigres emprisonnés. Cela ne date pas d’hier : « Les chiens aboient contre ce qu’ils ne connaissent pas ».

  • Héraclite dÉphe se,VIe siècle av. J.C. Un mot dans un programme. Avec la date de retombeé. Encore et toujours. Anneé apres  anneé Bon. Voila.   Il faut trouver une solution maintenant ! Courage pour soi tout seul. Marcher dans une ville froide et penser : « si je tombais dans le coma, quel objet trouverais-je dans mon coma ? » Tout est trop propre. De plus en plus propre. Étincelant. L’ennui est étincelant. Le mot comprendre est devenu propre. Mort a  la compréhension ! Guerre au crédible ! Guerre au crédible ! Rager, enrager contre la mort de la lumie re. Mot d’auteur pour un programme. Envie d’avaler soleil et couleur rouge Brûler comme un figuier Pour rendre au ciel ce qu’il fut donné en lumière Le reste le rendre a  la terre. Donnant – Donnant ! Héraclite est mort dévoré par les chiens ! Qui peut encore en dire autant ? Qui oserait encore ? Haïr le « j’aime beaucoup ce que vous faites ». Chercher de toute ton espérance le suicide artistique. Le chercher Le trouver Mordre dedans Accrocher la corde au cou de la beauté Et la tirer dans sa propre gorge La défenestrer de l’intérieur ! Qui saura enfin sauter par la fenêtre en emportant la fenêtre dans sa propre chute ne laissant derrie re soi que le vide profond de son être comme on laisse une marque dans le visage du soleil domestique ?

Seuls, notes, Wadji Mouawad

Pour en savoir plus. Entretien de Wadji Mouawad pour le spectacle « Seuls » Photos : Thibault Baron

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Vos témoignages

  • Rolande 26 mars 2013 08:11

    ….vite un retour à Saint-Pétersbourg… !!!

  • Rolande 26 mars 2013 08:10

    Très touchée par ces textes, et par l’interview de l’auteur…On a envie de s’attarder, comme devant « le fils prodigue » de Rembrandt dont il parle. A ce propos….. : « Ah ! l’Ermitage ! il fallait faire un tri et passer au moins 1/2 heure devant Le retour du fils prodigue de Rembrandt, ce tableau inouï… etc… » ….c’est de …Henri !