Chaque partie du métier à tisser correspond à un organe en lien avec la parole : la poulie est associée aux cordes vocales le métier à tisser à la bouche la navette à la langue le peigne aux dents. L’étoffe est perçue comme un ensemble de paroles dont les fils s’entremêlent comme les éléments du langage, animée par le grincement de la poulie, les bruits du tenseur et de la navette. Cet ensemble de sons est considéré comme la voie Nommo qui parle à voix basse. Le métier à tisser évoque un discours, une parole dont le sens est révélé par les motifs du tissu.

Texte présenté une exposition sur les Dogons au Musée du Quai Branly

Vos témoignages

  • 26 janvier 2012 16:48

    Le chant de la navette, inlassable va et vient, semblable à la répétition du geste, des gestes du quotidien qui construisent notre vie. Qui , parfois s’interrompt puis repart, pour mieux marquer le temps de la réflexion, pour donner forme et couleur à sa réalisation. Le bruit des pédales et des barres de lisses qui, lorsqu’elles s’activent entraînent une parole infernale, quand le rythme devient régulier et rapide, le bruit de l’accélération du temps qu’il ne faut plus perdre, du temps qui œuvre à l’accomplissement de la tâche, de notre parcours. C’est aussi le bruit du peigne, qui solidifie, qui assemble comme un tout. C’est parfois le bruit à peine perceptible du fil qui casse , oblige à se remettre en cause ; toute chose est fragile et nous le rappele, comme pour nous mener plus loin. Lorsqu’après tant d’efforts se tisse l’étoffe qui elle aussi a sa parole. Dans certaines contrées d’Afrique le motif mémorise la tradition de leurs ancêtres, leurs coutumes , pour mieux perpétuer leurs manières de vivre, leurs connaissances. Ce métier à tisser là est tout sauf le silence et l’oubli.