Non loin du village de Galveias, dans le sud du Portugal, un étrange objet tombé du ciel s’abat sur un champ, emplissant les lieux d’une insupportable odeur de soufre. Des pluies incessantes succèdent à une chaleur suffocante, le pain et la farine prennent un goût exécrable. Autour du cratère se rassemblent bientôt les habitants, dont la vie et les secrets sont peu à peu dévoilés, soudain mis à nu au contact du mystérieux phénomène agissant tel un révélateur. Sans que sa vieille mère le sache, le facteur a fondé depuis plus de vingt ans une famille en Guinée-Bissau, où il a fait son service militaire ; désireuse de répandre son savoir, la maîtresse d’école voit son établissement saccagé et sa chienne éventrée ; la tenancière du bordel est aussi une habile boulangère brésilienne ; les chiens errent et vivent de drôles d’aventures ; les existences se déroulent et s’entrecroisent, heureuses ou malheureuses, les rancœurs des uns et des autres ressortent, profondément humaines. Dans un style imagé, José Luís Peixoto nous livre un roman qui décrit une réalité froide, tour à tour belle et laide, parfois blessante comme la vie.

« Il arrivait à la rue où habitait les Cabeças après l’heure du dîner. Il frappait à la porte sans descendre de sa moto. Il n’avait pas longtemps à attendre avant qu’elle s’ouvre devant une flopée de gosses muets, sans sourires, mal habillés et mal lavés, qui le regardaient avec une curiosité craintive. La télévision était toujours allumée, le son poussé à fond. La mère des Cabeças s’étirait pour voir qui avait frappé et elle disait : Anna Rosa, va chercher ton frère Armindo. La mère des Cabeças savait bien ce qu’ils allaient faire. Avant qu’ils se mettent en route, le paternel de Cabeças sortait toujours sur le seuil et grommelait deux ou trois conseils destinés à son fils, toujours les mêmes. Il donnait l’impression de parler depuis la poitrine, la voix comme s’échappant à travers les côtes, privées de syllabes, une masse indifférenciée de sons. Son fils l’écoutait en baissant la tête, en signe de respect et d’obéissance. Assis sur sa moto, Catarino assistait à cette scène comme s’il était en train de la voir à la télé, à moitié stupéfait, à moitié engourdi. Et ensuite il démarrait avec l’accélération maximum. Il sentait dans son dos L’Armindo Cabeça qui s’agrippait au siège, recroquevillé, les talons comme embrochés sur les repose-pieds. Quand il ouvrait la porte de chez lui, l’odeur de la soupe lui assaillait les narines. A peine l’avait-il sentie, et déjà sa grand-mère était derrière lui et lui faisait subir un interrogatoire. Il essayait de lui échapper, mais plus il l’ignorait et moins elle le laissait tranquille. Madalena regardait l’écran de la télévision, hypnotisée. Il passait devant elle, toujours suivi de sa grand-mère qui lui collait aux basques. Madalena restait mutique, s’écartait, levait les sourcils et ne perdait pas une parole ou un geste de la telenovela. Parfois Catarino entrait dans les cabinets et s’enfermait. La grand-mère parlait à travers la porte. Quand il sortait, elle était là à l’attendre, toute requinquée, comme si elle en avait profité pour se reposer en secret. » J.L Peixoto Soufre p30/31

Non loin du village de Galveias, dans le sud du Portugal, un étrange objet tombé du ciel s’abat sur un champ, emplissant les lieux d’une insupportable odeur de soufre. Des pluies incessantes succèdent à une chaleur suffocante, le pain et la farine prennent un goût exécrable. Autour du cratère se rassemblent bientôt les habitants, dont la vie et les secrets sont peu à peu dévoilés, soudain mis à nu au contact du mystérieux phénomène agissant tel un révélateur. Sans que sa vieille mère le sache, le facteur a fondé depuis plus de vingt ans une famille en Guinée-Bissau, où il a fait son service militaire ; désireuse de répandre son savoir, la maîtresse d’école voit son établissement saccagé et sa chienne éventrée ; la tenancière du bordel est aussi une habile boulangère brésilienne ; les chiens errent et vivent de drôles d’aventures ; les existences se déroulent et s’entrecroisent, heureuses ou malheureuses, les rancœurs des uns et des autres ressortent, profondément humaines. Dans un style imagé, José Luís Peixoto nous livre un roman qui décrit une réalité froide, tour à tour belle et laide, parfois blessante comme la vie.