C’était une matinée où le soleil brillait dans un ciel parsemé de nuages légers comme de l’écume. Liesel se tenait dans la bibliothèque du maire, les doigts vibrants de désir. Elle était suffisamment en confiance, cette fois, pour promener ses doigts le long des rayonnages – une brève répétition de sa première visite dans cette pièce – et elle chuchotait les titres au fur et à mesure de sa progression. Sous le cerisier. Le dixième lieutenant. Tous les titres ou presque la tentaient, mais, après une ou deux minutes, elle se décida pour Un chant dans la nuit, vraisemblablement parce que le volume était vert et qu’elle n’avait encore aucun livre de cette couleur. Le texte gravé sur la couverture était blanc et, entre le titre et le nom de l’auteur, il y avait une petite vignette représentant une flûte. Elle ressortit par la fenêtre, pleine de gratitude. En l’absence de Rudy, elle avait un sentiment de vide, mais ce jour-là, précisément, la voleuse de livre préférait être seule. Elle alla entamer sa lecture sur les bords de l’Amper, suffisamment loin du Q.G. occasionnel de Viktor Chemmel et de l’ex-bande d’Arthur Berg. Personne ne vint la déranger et elle put lire quatre des courts chapitres d’Un chant dans la nuit. Heureuse. C’était le plaisir de la satisfaction. D’un vol réussi.

Markus ZUSAK : La voleuse de livres, Poket, page 422