Stéphanie Bara est animatrice au Théâtre Procédé Zèbre à Vichy

La proposition

Les textes


Texte d’Aline

Le platane Je déteste l’automne. C’est pourtant la saison où je suis le plus beau. Je change de robe chaque matin ajoutant un peu de jaune ici, un peu de brun ailleurs. J’abandonne mes feuilles au vent transformant cette hideuse cour de récré asphaltée en un tapis coloré. Vous comprenez sans doute maintenant pourquoi je déteste l’automne : son arrivée coïncide avec celle de mes bourreaux, ces gamins cruels qui m’arrachent la peau et qui m’entaillent avec leurs couteaux. De qui, de quoi ont-ils besoin de se venger ? Ne sont-ils pas sensibles à la beauté, à ma beauté ? L’hiver pourrait être calme : les petits monstres courent pour se réchauffer et ne font guère attention à moi. Hélas, hélas… C’est la saison des élagueurs. Par mes ure de sécurité, disent-ils, les voici qui taillent et qui taillent la ramure que j’ai eu tant de mal à constituer. Après leur passage, je ne suis que moignons souffrants. Je refuse de me regarder dans le miroir des flaques  : ces bras raidis, ces boules noueuses, non, non, ce n’est pas moi ! Ah ! Il m’en faut du courage pour relancer la machine au printemps ! Et pourtant chaque année, l’espoir est là, je m’efforce de reprendre figure de platane. Je lance vers le ciel quelques jeunes branches que je décore de grandes feuilles d’un vert tendre. Je suis prêt à apporter un peu de fraîcheur à tous. Vous l’avez remarqué, je ne suis pas rancunier. Vous me direz, l’été, tu as la paix : plus d’enfants à l’école, les élagueurs, eux aussi, sont en vacances. Alors en été, tu es gâté ! Que nenni ! Je crève de soif, je crève de chaud. Quand le goudron fond, je perds prématurément mes feuilles. Un jour vous verrez, je crèverai… et vous le regretterez !


Texte de Marie S.

Turlututu Chapeaux de tuile rouge, je vous vois par dessus le mur !

Turlututu, chapeaux pointus !

Des chemins herbus Quadrillent le paysage.

Des hommes des femmes Saris multicolores.

Pliés à angle droit Chevilles dans l’eau grise

Reculent à l’unisson Une chorégraphie parfaite

L’étendue boueuse Devient champ de riz

Turlututu, chapeaux pointus !

Je suis la rizière qui verdoie

J’aime la douceur des pieds nus La promesse des graines à venir

Je suis la rizière qui verdoie

Je garde en moi leurs chansons La fatigue amarrée à leurs corps

Je suis la rizière qui verdoie

Des langues de terre étroites Des ibis des flamands roses Je nourris aussi les oiseaux

Je suis la rizière qui verdoie Je suis la récolte à venir.

Texte de igor

TShirt bleu pétrole il est arrivé en courant avant de se figer un regard

Long

Il a attrapé la pierre pour combler la béance

alors, il a repris sa course.

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Depuis des jours déjà nous cuisions nous appelions l’air et attendions la nuit pour respirer Seuls les lézards survivaient à l’étouffement Pendant des jours à heure fixe il nous couvrait de son ombre comme un père ou comme une mère.