Véronik Leray anime ponctuellement des ateliers à l’association Tisseurs de mots.

La proposition

Graver l’écorce, Tagger les murs

1/ Proposer de s’imprégner des images, photos de messages taggés sur les murs, gravés sur les arbres.

2/ Ecrire son propre message qu’on aimerait inscrire sur un mur ou graver sur un arbre.

Ou bien un souvenir de tagg vu, qui nous a marqué.

3/ mettre nos messages au milieu des autres photos proposées.

4/ choisir parmi tous les messages celui qui nous inspire pour faire le cœur de notre texte.

5/ s’imprégner des textes posés sur la table/ noté quelques phrases, motos, idées que cela nous inspire.

6/ Ecouter les musiques proposées. Se laisser imprégner en pensant au toucher et à l’odorat/ ecrire notre ressentit, les images qui nous viennent par la tête.

7/ Lire : Sans rive de Bruno Krebs

mes orteils se détendent mes mocassins foulent le chemin d’une forêt ses feuilles ses mousses retapissent les trottoirs des voitures feulent sous les branchages mes souvenirs ballons s’envolent salles d’attente et de transit arrêts buffets sans boisson ni sandwich rien a payer tant qu’on attend revenant revenu de loin si longtemps toute une vie presque absent

et toujours levé tard bien trop tard pour assurer un emploi cordonnier par exemple je cite au hasard ayant découvert en passant une boutique de cordonnier sous un pont ses echos humides et caverneux bicoque en bois pas d’étage bacs à fleurs mais sans fleurs juste une vigne et des inscriptions délavées planches pourries je décrypte tout juste l’enseigne au fronton cordonnerie vitres placardées un arbre à papillon accroché au toit éventre ses tôles bitumées

Dans un interview, il dit :

Je recherche une pureté du langage mais une trop grande disponibilité d’accès serait contradictoire à mon but, qui est la plus grande simplicité. J’en suis encore loin, mais c’est ce dont je rêve : que ça finisse à se réduire à des couleurs, des éclats de voix, des sons, des parfums et puis à un moment…

Donc il y a un paradoxe. À la fois j’utilise une langue usuelle, la syntaxe est ultra simple. Mais elle est ultra travaillée : il a fallu beaucoup de temps pour arriver à ce que la phrase se passe pratiquement de tout.

8/ Faire un texte sans ponctuation avec toute la matière amassée. Au centre le message taggé, gravé/ on doit y retrouver les ressentis à travers les odeurs et le toucher.


Les textes


Texte d’Aline

je vieillis je sais je sais que je vieillis je sais que je sais depuis longtemps je sais mais je sens c’est nouveau oh non tu penses arthrose rhumatisme tu penses pharmacie ambulante je pense vie en rose je pense quand il me prend dans ses bras oui je sais tu ne sais pas tu ne sauras jamais c’est passé tu penses sexe et tu me regardes hors d’âge tu sais que je sais je sais que rien ne meurt tout évolue de la caresse à la griffure du soleil à l’aveuglement tu sais la caresse je l’ai sentie je sens la griffure sans déc. tu sais sans déc. sans déconner je ne sais pas je vieillis je le sens un mot même pas un mot une abréviation plus qu’un mot un langage un monde illettrée je suis je sens je sais rejetée hors d’âge hors du monde poussée loin depuis quand je ne sais pas sans déc. imiter jouer les chiens savants tu me dresses comme un chien tu sens le lait et le miel je bois la coupe d’amertume tu prépares le bouillon de onze heures eau croupie relent de sans déc. tu ne le sais pas je vieillis


Texte de Manu

prendre lâcher prendre lâcher je ne dois pas de toute façon ça sent la javel mon amoureux l’a dit c’est froid c’est blanc mon amoureux c’est la pluie d’un mur à l’autre je ne dois pas partir tout est fabriqué là tout est lissé ajusté percé vissé je ne dois pas là où plus d’odeur de poussière là où bleu dans le couloir à droite à gauche c’est trop tard c’est trop loin de la terre c’est pareil écrire au bord du lit marcher au bord de la couverture et sur l’oreiller marcher jusqu’au mur et continuer mon amoureux l’a dit continuer sans me retourner je ne dois pas


Texte de Marie

Ceci n’est pas un mur ni un panneau d’affichage mais l’écorce de la terre qui fait grandir le monde et résonner les noms ceci n’est pas un mur ni une stèle ni un hommage c’est un arbre à naufrages un mât martèle le ciel peau tendue doum doum da un tronc emplit dedans de la sève des chiens du crachat de la plage le dessous de la terre le là-haut le –bas le chemin du j’espère Malik Joseph Linda Sabah Amédée Yousra Assib Leïla La corde du bendir la prière du voyage


Texte de Dominique

« Plutôt la vie »

une vie sur un fil qui apprivoise le présent admet le futur et oublie le passé cette vie se faufile entre brouillard et fumée se confine murée à l’aune du studio du T2 voisin du T5 réveil saveur café douche arome ylang-abricot parfum herbe-fraiche-citron robe cintrée pull-si-jamais sandales dorées sac-à-main à l’épaule ligne 13 les corps se pressent se gênent se sentent bon souvent mauvais se touchent se repoussent changement couloirs foule compacte musique contrôle contrôleurs ticket ok les murs toujours les murs sur les rues sous les roues Père Lachaise pas la tombe pas déjà mais les arbres loin de la vie du bruit pas de murs des dalles les herbes que dalle des fleurs en bacs jardinières pots de terre contre pots de verre plutôt la vie que quoi que ça


Texte de Corinne

dans les ruines d’une ville longtemps après le dernier massacre sur les murs le buddleia fleuri entre mauve et violet la ronce la clématite et le sureau l’été étouffe les bruits et l’air aussi un adolescent dans un costume à carreaux jaune et bleu cherche une trace une bribe n’importe quoi une odeur un objet parfois une pierre tombe une branche grince une porte claque il s’attend à voir un fantôme qui n’apparaît pas il dégage le passage et poursuit sa route visite le centre et la périphérie et l’église et la mosquée et le commissariat de police traverse la gare cherche les bars à l’hôpital fait une halte erre dans les couloirs pique un petit somme au cimetière il arrive la porte ouverte est fraîchement taggée du mot reviens