Bernadette Perfetti anime ponctuellement des ateliers à l’association Tisseurs de mots.

La proposition

Les textes


Texte d’Aline

Cohabitation, Une pièce en trois actes avec par ordre d’arrivée : le mur (M), une pierre (P), le frêne (F)

M – Encore un, c’est sûr ! P – Qu’est-ce qui te fait dire ça ? M – Ça me gratouille au pied depuis deux mois. P – Ça te gratouille au pied… M – Oui, et je connais bien ce gratouillis-là. Quand les érables ont commencé à pousser côté sud, c’était la même petite douleur. P – Que faire ? M – Tu es juste au dessus de l’endroit qui me gratouille. Si tu tombais, tu l’écraserais avant même qu’il ait eu le temps de sortir de terre. P – Tu parles comme un livre mais ici les joints tiennent. Je ne peux pas me libérer. D’ailleurs, je n’y tiens pas, que diraient mes voisines ? Demande plutôt aux pierres de faîtage. M – Elles voudront jamais, elles se croient indispensables… pour ma sécurité… pour mon intégralité… P – Tu te trompes peut-être, ce n’est qu’un gratouillis. M – Peut-être, attendons. Ils attendent… F – Coucou, c’est moi ! Ça vous ferait rien de vous pousser, je manque d’air ici. P – On est là depuis plus longtemps que toi. T’avais qu’à pousser ailleurs. F – J’t’emm… M – J’ai mal, c’est pas possible. C’est le fondement. Je sens que je suis en train de craquer. Aïe, aïe, aïe… Y en a pas une parmi vous qui pourrait lui fermer le clapet ? Il est encore petit, on peut l’écraser. Silence dans les rangs. Manifestement, personne ne veut tomber à terre. Quelques années plus tard… M – J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal… P – Et moi donc ! Je suis cassée. Je n’aurais jamais dû m’entrouvrir pour laisser passer une toute petite racine qui, évidemment, a pris ses aises. M – Trop tard pour lui tomber dessus, il est trop fort maintenant. F – Je suis fort, je suis beau, je monte droit versle ciel. Personne ici ne semble remarquer que je pousse bien vertical. P – T’aurais pu aller voir plus loin. F – J’entends pas. Quelques années plus tard… F – Je suis beau malgré cette cicatrice. Salaud de gamin avec son couteau ! M – Je suis beau malgré mon éventration. Salaud de frêne ! P – Même à terre, je suis belle ! F, M, P (ensemble) – Attention, bulldozer à l’horizon !


Texte de Marie S.

Dialogue entre arbre et murs

Un arbre centenaire étire avec langueur ses branches vers le ciel. Quatre hauts murs gris l’emprisonnent.

L’arbre :

- J’aime ce carré de ciel là-haut. La brise caresse ma chevelure brillante. La tiédeur envahit mes racines. Réchauffe mes doigts de pieds étalés sur le sol.

La cour :

- Vrai ! J’ai pourtant essayé de te contraindre !

L’arbre :

- Vrai ! Tu as dressé autour de moi quatre murs de béton ! J’ai du lutter longtemps enfermé dans ton cadre étroit. Grimper vers le haut sans relâche, guetter une lueur, une poussière de jour.

La cour :

- J’avais si peur de te voir t’éloigner.Je refermais mes bras.

L’arbre :

- Mes feuilles ont recueilli pour moi chaque goutte de pluie, nourriture essentielle.

La cour :

- Pour te plaire j’ai accepté le bleu doux des lichens, l’or exubérant des chélidoines, quelques herbes folles volontaires élargissant mes fissures.

L’arbre :

- Oh ! Je me suis habitué à toi. Je suis resté libre dans ma prison étroite. Le souffle du vent m’arme de poésie, m’apporte le parfum d’une mer inconnue. Mon horizon est intérieur. Il navigue dans ma canopée.