L’acte d’écrire reste avant tout un acte très personnel, même si nous avons envie parfois d’être lu. Les ateliers, les sites d’écritures sont en pleine croissance. On peut trouver toutes sortes d’ateliers, de l’apprentissage à l’écriture d’un roman jusqu’aux ateliers thérapeutiques. Interrogation de participante comme interrogation d’apprentie animatrice, que cherchons nous en venant écrire en atelier ? C’est une question que je me pose, c’est une question que je vous pose.

Mes réponses n’engagent que moi mais je vous invite à votre propre réflexion et à nous donner vos propres réponses en mettant vos textes dans les commentaires..

Pourquoi écrire ?

Pourquoi peindre, créer, chanter… ? Ecrire c’est ma façon de m’exprimer au mieux, d’être au plus près de ce que je suis, d’aller au cœur de moi même ( même si le sujet n’a rien d’autobiographique).

Un tisseur m’a partagé un texte essentiel pour lui en écriture : « Un problème le tourmentait, qui lui donnait mauvaise conscience et l’empêchait d’écrire : ce qui se passe dans le domaine de l’écriture n’est-il pas dénué de valeur si cela reste »esthétique", anodin, dépourvu de sanction, s’il n’y a rien, dans le fait d’écrire une œuvre, qui soit un équivalent (…) de ce qu’est pour le torero la corne acérée du taureau, qui seule - en raison de la menace matérielle qu’elle recèle - confère une réalité humaine à son art, l’empêche d’être autre chose que grâces vaines de ballerine ? Mettre à nu certaines obsessions d’ordre sentimental ou sexuel, confesser publiquement certaines des déficiences ou des lâchetés qui lui font le plus honte, tel fut pour l’auteur le moyen - grossier sans doute, mais qu’il livre à d’autres en espérant le voir amender - d’introduire ne fût-ce que l’ombre d’une corne de taureau dans une œuvre littéraire.« Michel Leiris, préface à »l’âge d’homme", 1946. C’est une préface à un texte qui est une autobiographie d’où le questionnement sur l’écriture de soi. Mais ce que dit Leiris, c’est qu’à son sens, il n’y a pas d’écriture si il n’y a pas l’ombre d’une corne de taureau dans le texte. En tauromachie, « le matador qui tire du danger couru occasion d’être plus brillant que jamais et montre toute la qualité de son style à l’instant qu’il est le plus menacé : voilà ce qui m’émerveillait, voilà ce que je voulais être »

J’aime cette image de corne, ce danger qui fouaillerait si facilement notre intérieur. Ecrire, ce n’est pas forcément se livrer dans le sens « d’entrer dans l’intimité tel un voyeur », c’est avant tout donner, donner de ce mélange qui nous forme, nos souvenirs, nos émotions, nos paradoxes, nos désirs profonds, nos envies, nos besoins primaires, nos besoins d’amour, c’est redevenir l’être premier, ce petit enfant dans le sein de sa mère qui bouillonne de vie, qui n’est pas encore atteint par le « social », par « l’éducation », qui n’est pas tordu. C’est aller chercher l’être vrai qui est en nous et qui crie dans la nuit. Et puis dire aussi, ensuite cette souffrance indicible qui nous habite de ne pouvoir réellement exprimer ce que nous sommes. Ecrire c’est aussi transformer notre monde réel, exprimer notre imaginaire, faire jaillir le rêve… Ce peut-être aussi plus léger, avoir envie de jouer avec les mots, les faire rire, leur donner une estrade pour qu’ils y dansent.

Vient-on apprendre à écrire en atelier ?

Un atelier qui me propose d’apprendre les ficelles du roman ou autre genre, ne m’intéresse pas. Je ne viens pas faire des études, il y a des universités pour cela. Je vais dans un atelier pour être emmenée au delà de mes frontières personnelles, sur des chemins où je ne partirai sûrement pas seule. Beaucoup de participant(e)s viennent avec la hantise qui remonte à leur scolarité. Suis-je capable ? on va se moquer, me juger…. Non, on va créer, on va ouvrir des portes.

La posture de l’animateur/trice est elle importante ?

Je n’ai pas assez d’expériences sur différents ateliers pour en parler. J’aimerai beaucoup savoir ce qu’en pense ceux ou celles qui ont visité d’autres manières d’amener les propositions, d’autres postures que celles des Tisseurs. En relisant la question d’atelier n°1, j’y trouve une véritable réponse sur ce vers quoi je tends, mais ça reste une réponse personnelle.

Les relations entre participant(e)s sont elles primordiales ?

Si nous venons en atelier c’est d’abord pour être emmenés sur des chemins d’écriture, ensuite le partage de nos textes est un TRES grand plaisir ! Entrer dans l’univers d’autres personnes qui ne sont pas forcément des gens que l’on côtoie régulièrement, écouter et respecter ces univers et entendre ce que d’une proposition peut émerger de chez chacun(e)s tient d’un petit miracle à chaque fois. Je dirai que c’est cela qui me motive pour l’animation au-delà du plaisir, mais aussi de l’effort de travailler une proposition.

N’hésitez pas à donner vos propres réponses à ces questions sur la pratique des ateliers, nous aurons sûrement la surprise d’y voir des réponses riches dans leurs diversités.

Vos témoignages

  • Typhaine 25 mars 2013 10:03

    Ecrire, ce fut d’abord une expérience douloureuse. Il n’est pas évident d’apprendre lorsqu’on a 6 ans, surtout à la plume et à l’encre ! C’était l’époque des « pâtés », dont mon instituteur faisait des fleurs, des pirates, pour mieux les cacher.

    Puis, vint le temps du stylo à bille et la découverte de l’écriture libérée des contigences matérielles. Enfin, je découvrais un espace de liberté infinie où je pouvais donner libre cours à mon imaginaire.

    Cela fait vingt ans aujourd’hui que je suis rentrée dans le monde des ateliers. C’est pour moi un lieu privilégié pour se débarrasser du « mendiant » qui est en moi et qui demande à être lu, mais aussi de partage, de découverte des « mendiants » des autres, de leurs univers. Un lieu de joie, de bien-être, sans jugement. Peut-être aussi, au fil du temps, un lieu où le souci d’esthétique se fait jour. Un lieu de bonheur d’épanouissement. Un lieu où, en tant qu’animatrice, j’essaie d’amener le groupe, ailleurs, à l’intérieur de soi, pour trouver un trésor bien enfoui.

  • Rolande 18 février 2013 14:30

    En atelier d’écriture, j’écris en solo, certes, mais pas en solitaire. J’écris en solo et en solidarité.

  • Rolande 16 février 2013 21:00

    « Je hasarde une explication : écrire, c’est le dernier recours quand on a trahi » Jean Genet

    Phrase en exergue du livre de Annie Ernaux : La place