Roman écolo où les héros sont des arbres remarquables. Les neuf personnages secondaires sont tous Américains, d’origines variées, dont le seul point commun semble être, à l’exception d’1, un ancêtre immigré qui a introduit ou accompagné un arbre, réel ou rêvé, dans un environnement nouveau.

« Elle raconte comment un orme a contribué à déclencher l’Indépendance américaine. Comment un énorme prosopis vieux de 500 ans pousse au milieu d’un des déserts les plus arides de la terre. Comment la vue d’un châtaignier à la fenêtre a redonné l’espoir à Anne Franck, dans le désespoir de sa claustration. Comment des semences sont passées par la lune avant de bourgeonner sur toute la Terre. Comment le monde est peuplé de merveilleuses créatures inconnues de tous. Comment il faudra peut-être des siècles pour réapprendre ce que jadis on savait sur les arbres. »

« Elle prend sa main tremblante dans le noir. C’est si bon au toucher, c’est ce que doit ressentir une racine qui découvre, après des siècles, une autre racine avec qui s’enlacer sous terre. Il y a cent mille espèces d’amour, inventées séparément, toujours plus ingénieuses, et chacune d’entre elles engendre des choses nouvelles. »

« Alors, dans un parc dominant une ville occidentale, après le crépuscule, l’air déverse une pluie de messages.

Une femme est assise par terre, adossée à un pin. L’écorce appuie contre son dos, aussi dure que la vie. Les aiguilles parfument l’air, et une force bourdonne dans le cœur du bois. Ses oreilles s’accordent aux fréquences les plus basses. L’arbre dit des choses, en mots d’avant les mots. »

« Le jour, quand il n’est pas occupé à apprendre le métier d’entrepreneur, Neelay continue à coder. La programmation ne cesse de l’émerveiller. On décide d’une variable. On spécifie une procédure. On demande à chaque processus soigneusement défini de jouer son rôle, au sein de structures plus vastes, plus astucieuses, aux capacités plus vastes, comme des organelles constituent une cellule. Et de ces instructions simples émerge une entité au comportement autonome. Des mots qui passent à l’action : c’est LE nouveau grand truc de la planète. »

« À un moment au cours des quatre cents derniers millions d’années, un arbre quelconque a tenté toutes les stratégies qui avaient la moindre chance de fonctionner. Nous commençons tout juste à comprendre toute la variété de ce que ça peut recouvrir, fonctionner. La vie a un moyen de s’adresser au futur. Ça s’appelle la mémoire. Ça s’appelle les gènes. Pour résoudre le futur, nous devons sauver le passé. Ma règle empirique, elle est toute simple : quand vous abattez un arbre, ce que vous en faites devrait être au moins aussi miraculeux que ce que vous avez abattu. »

Richard Powers : L’arbre monde, édition du Cherche midi.