"To read is to make" est le titre d’un des ouvrages du théoricien de la littérature américain Stanley Fish. Il postule l’existence de « communautés interprétatives » qui permettraient d’expliquer pourquoi et comment les interprétations d’un texte divergent selon les lecteurs et les critiques (source Wikipedia).

Esquisser des convictions

« To read is to make », traduit en français par « Quand lire c’est faire » - cliquez ici, est un livre que je n’ai pas lu, pas une seule page. Pourtant, je me suis fait une idée assez précise de son contenu. La pensée qu’il contient correspond à mon rapport à la lecture et à ma façon de la transmettre aux autres.

Oui, Pierre Bayard a raison, on peut parler de livres qu’on n’a pas lu. Je peux même fabriquer tout un dispositif d’écriture en prenant appui sur un livre inconnu de moi. Un dispositif au sein duquel le lecteur n’a absolument pas besoin de connaître la juste interprétation, le sens originel du livre qu’il a entre les mains, pour entrer dans sa lecture.

Oui, j’ai lu « Des Hommes » de Laurent Mauvignier, même si je n’en ai lu que quelques pages disséminées ici et là à raison de 7 pages maximum en une journée. Je n’ai cessé d’interprêter le sens de ma lecture et je considère - peut-être qu’une lecture intégrale du livre me prouverait le contraire - que j’ai une idée assez claire du contenu de ce livre malgré le peu de pages réellement lues. Je considère avoir une idée assez précise de ce qui met mon personnage en mouvement, ce qui le pousse à agir, ses habitudes…

Mais bien plus que cela, avec le Journal d’un confinement, j’ai même écrit dans les trous. J’ai écrit ce que l’auteur n’a pas pu ou pas su écrire. Et je suis convaincu que ce que j’ai écrit est aussi juste que ce que Laurent Mauvignier a pu écrire lui aussi.

Ça, c’était pour vous partager mes convictions. Mais je voudrais aussi…

Partager une recherche

Depuis un an, je conduis un travail de recherche autour de notre rapport à la fiction. Et il m’a fallu quinze jours de publication quotidienne de propositions d’écriture pour me rendre compte qu’ensemble nous expérimentions exactement la problématique de mon sujet de recherche : Qu’est-ce que c’est « lire de la fiction » ?

Alors, je vous sollicite pour nourrir cette recherche personnelle. Je vous invite - évidemment chacune et chacun fait bien ce qu’il veut, inutile je pense de le préciser - à écrire un texte bref, à l’intérieur duquel vous pourriez déplier cette question de ce qu’est « lire de la fiction ». A l’intérieur de cette contrainte de lire le livre sans le lire, quel rapport intime avez-vous entretenu avec votre livre ? Avez-vous l’impression de l’avoir approché ? de l’avoir dépassé ? de l’avoir manqué ? Avez -vous vécu des expériences étonnantes, de drôle de correspondances entre ce livre et votre journal ? Avez-vous eu un rejet de ce livre ? Comptez-vous le lire intégralement maintenant ou bien pensez vous que vous en savez assez et qu’une lecture intégrale vous gâcherait le plaisir ?

Vous comprenez bien que je n’attends pas que vous répondiez à toutes ces questions. Vous imaginez aussi que j’en ai oublié des questions pertinentes au sujet de l’expérience que nous avons menée. Ce sont des questions pour ouvrir… Ne cherchez surtout pas à me flatter, des positions contradictoires et sincères seront beaucoup riches et plus intéressantes qu’une bienveillance gentillette. Laissez aussi ouvertes toutes les formes d’écriture : poétique, onirique.

Je m’engage à partager le résultat de cette flottaison de pensées avec celles et ceux qui y participeront. Vous pouvez envoyer votre texte à tisseursdemots chez gmail.com.

On ne se prend pas la tête, ça n’en vaut pas la peine, on laisse flotter…

igor c.