L’idée : se saisir d’une situation - le confinement imposé par la crise sanitaire - pour en faire un objet de création et écrire un journal, jour après jour, porté par une proposition différente visible sur cette page.

Journal d’un confinement

L’idée : se saisir d’une situation – le confinement imposé par la crise sanitaire – pour en faire un objet de création.

Chaque jour, une proposition d’écriture assez simplifiée est publiée sur cette page du site de Tisseurs de Mots. Une proposition d’écriture par jour, c’est donc à l’écriture d’un journal que nous vous invitons ! Les propositions tenteront aussi de laisser surgir quelque chose de l’air du temps, de notre présence au monde et de la présence du monde en nous.

En plus de l’écriture quotidienne, nous vous invitons à prendre une photo chaque jour, si possible une photo qui ne répète pas le texte, qui, au contraire ; le complète, pose un autre regard sur le jour passé.

La participation est libre et gratuite, quotidienne ou ponctuelle.

Presque toutes nos propositions prennent appui sur un livre que vous choisissez : un livre d’au moins 250 pages dans sa bibliothèque, qu’on n’a jamais lu ou dont on ne se souvient plus.

Nous n’organisons pas le partage des textes, il est possible de retrouver quelques journaux sur les blogs de participants - cliquer ici - (et on peut ajouter le vôtre) ou sur la page Facebook des Tisseurs de Mots.

Si vous démarrez votre Journal d’un confinement, nous vous invitonsà lire cette page - cliquez ici - elle permet de clarifier beaucoup de points d’organisation du projet.

Comme d’habitude, on expérimente, on ne sait pas où on va, peut-être qu’on n’ira pas très loin.

Licence Creative Commons
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Proposition du lundi 30 mars :

Pour démarrer la journée, une photo prise depuis ma fenêtre…

La nature, elle-aussi, se confine sous un voile de neige. - JPEG - 148.7 ko
La nature, elle-aussi, se confine sous un voile de neige.

La proposition du jour a été fabriquée par Marie-Dominique S. qui vit en Saône et Loire.

Depuis le 16 mars, Wajdi Mouawad écrit et met en voix son journal de confinement que l’on peut écouter au jour le jour (lien à la fin de la proposition). Wajdi Mouawad est le directeur du théâtre de la Colline mais il est surtout un auteur de théâtre contemporain et de roman. Son théâtre ne laisse aucun spectateur indifférent et nous avons lu et particulièrement aimé « Anima » - cliquez ici.

Jeudi 26 mars, il écrit, il dit : « Il était une petite, une toute petite boucle d’oreille, tombée par inadvertance dans les couvertures défaites d’un lit et pour la retrouver il a fallu avec attention, avec douceur, avec délicatesse, déployer toutes les couvertures pour regarder à l’intérieur de chaque pli. Et nous cherchons encore, car ce qui a glissé là, dans les plis, est si minuscule, si fragile, ton sur ton avec la couleur du tissu, que nous ne le trouverons que par hasard, à condition que ce hasard surgisse avant le jour de notre mort. Ainsi, il s’est perdu dans les plis. Voici peut-être l’un des mots de nos jours, de nos jours de maintenant. »

Plus loin, il dé-plie encore un peu sa pensée autour du mot « pli » : « le pli est un mot riche et multiple… tout autour de nous se plie sans cesse, les choses se plient, les corps se plient, les peaux se plissent, les âmes souvent aussi et les liens que nous entretenons les uns avec les autres. Ces derniers n’ont jamais été autant pliés qu’en ces jours qui réclament d’autant plus de douceur et de fraternité. Tout est froissé dans la peur et l’impuissance. »

Il y a 3 lettres dans le mot pli, voilà pourquoi nous lirons trois pages : 116, 117 et 118. Nous serons aux aguets, nous y chercherons une petite, une toute petite chose et, par les mots, nous essaierons de le déplier, de le déployer, de le dérouler peut-être aussi de le froisser, de le ratatiner, de le contusionner…

Puisque le mot pli est peut-être l’un des mots de nos jours, sans doute qu’en dépliant notre toute petite chose, nous dévoilerons quelques invisibles de ces jours de maintenant.

Nous vous invitons à attendre d’avoir écrit avant d’aller écouter Wajdi Mouawad, vous accéder au podcast de son journal de confinement en cliquant ici. Aucun doute qu’il y ait dans cette voix, chaque jour, de quoi nourrir votre écriture…

Beau jour.

Proposition du dimanche 29 mars :

Depuis quelques jours, nous avons picoré à l’intérieur de notre livre, perdant peut-être un peu le fil des mouvements qui le traversent. Alors aujourd’hui, nous lirons, sans objectif, de la page 181 à la page 184. Comme ça, pour soi, quand on voudra.

Et puis, au fil de la journée, vous allez cueillir des voix. Cruauté ! ; allez-vous me répondre, isolés comme nous sommes comment pourrions-nous faire cette cueillette ?

Sans doute oubliez-vous les conversations téléphoniques, les voix des postes de radio ou de télévision, pour celles et ceux qui disposent d’Internet, les mails, les vidéos, les posts sur les réseaux sociaux. Des voix donc, même si elles ne sont pas en présence, nous en recevons encore (et c’est bien heureux).

Tout au long du jour, vous glanez, vous moissonnez, vous amassez et quand vient le temps de l’écriture, vous tentez d’écrire un court dialogue dans lequel est impliqué la (ou l’une des) présences de votre livre. Toute la journée, vous aurez écouté les voix et vous aurez remarqué que le plus souvent, les paroles de chacun suivent leur propre chemin et la notion d’échange est un peu un leurre (même si on s’efforce d’être le plus possible à l’écoute de l’autre). Ce décalage entre les deux voix – cette sensation que l’on a parfois d’un dialogue de sourds – vous tacherez de la laisser effleurer dans l’écriture du dialogue. Dernière précision, il faudrait que le dialogue que vous écrivez puisse réellement exister dans votre livre, qu’il y ait un lien fort entre le contenu du livre et votre texte.

Beau jour.

Proposition du samedi 28 mars :

La proposition du jour a été fabriquée par Valérie L. qui vit dans le Puy de Dôme.

Nous allons expérimenter les frottements, les caresses ou les abrasions entre nos textes, comment, à notre insu le plus souvent, leur rencontre fait surgir du sens.

Nous allons tout retourner, tout prendre à l’envers, à l’envers du 19 attrapons notre livre à la page 91 et listons les noms, les adjectifs et les verbes. On dispose ainsi d’un large lexique auquel nous ajoutons 5 mots invariables (si certains sont répétés dans cette page 91, vous les privilégierez). Dans cette liste, vous choisissez 40 mots. C’est bon ? Alors continuons !

A. Emaz - poème dans 'Limite' page 71 P - JPEG - 71.8 ko
A. Emaz - poème dans ’Limite’ page 71 P

Chez les Tisseurs, le poète Antoine Emaz est souvent convoqué dans nos propositions d’écriture. Il ne pouvait pas être absent du Journal d’un confinement. Voici un poème issu du recueil « Limite », ce recueil est une succession de jours au cours desquels Antoine Emaz se sent parvenu à une limite.

En puisant uniquement parmi les mots de votre lexique (exception toujours des déterminants… vous avez maintenant l’habitude), nous vous invitons à écrire un texte pour dire aujourd’hui. Vous expérimenterez cette exigence présente dans l’écriture d’Antoine Emaz, cette écriture extrêmement épurée, resserrée. Une densité dans chaque mot.

Bien maintenant, continuons nos retournements, Nous allons repartir de notre lexique initial et nous allons en extraire encore 40 mots dont la moitié sera des mots différents de notre première sélection. Et nous allons appliquer sur cette nouvelle sélection un renversement en cherchant son sens contraire, son antonyme – comme l’autre jour, Internet offre des outils facilitateur - cliquez ici. Vous voilà donc avec une seconde liste. Toujours dans la même recherche d’épure, vous choisirez des mots de cette seconde liste pour écrire l’un des jours de l’une des présences dans votre livre – peut-être un jour de bascule, du passage d’un état à un autre ?

Deux jours donc, l’un à vous et l’autre à la présence de votre livre.

Beau jour - demain dimanche, nous prendrons le temps, la mise en ligne de la proposition sera plus tardive…

Proposition du vendredi 27 mars :

La proposition du jour a été fabriquée par Clara de l’Hérault.

Depuis mardi, le gouvernement nous impose une nouvelle réglementation de sortie (dite 1 km / 1 h) et sa mise en action sur l’écriture de notre Journal d’un confinement va se révéler aujourd’hui.

Vous allez donc sortir – n’oubliez pas votre attestation – pour parcourir votre kilomètre du jour – nous avons bien dit 1 kilomètre. Selon votre situation personnelle, vous pouvez adapter cette sortie à vos obligations : promener le chien, faire vos courses, rendre visite à une personne vulnérable…

Donc, nous enfilons nos baskets et mettons le corps en action : marchons, courons, sautons, faisons des allers retours sur la même distance, etc… Nous vous invitons aussi à mettre tous vos sens en éveil pour percevoir, regarder, écouter, sentir… ce qui autour frémit : des odeurs, des sons, des couleurs, des souffles d’air, des silences…

Dès que vous rentrez à la maison, nous vous invitons à noter sans réfléchir le souvenir des traces collectées au fil de votre sortie, ses sensations emmagasinées en vous. Nous vous conseillons de vous en tenir à des éléments du concret. Vous formez une liste d’une dizaine d’éléments.

Nous venons de parcourir notre kilomètre, nous allons maintenant user de notre heure. Le temps d’écriture que nous vous présentons maintenant ne doit pas dépasser une heure. C’est le règlement du gouvernement, et le règlement, c’est le règlement !

Nous allons revenir à notre livre et explorer les pages cent que nous n’avons pas beaucoup visitées pour l’instant. Après avoir marché, vous lirez en position allongée. Et vous choisirez vos pages en fonction des départements que vous souhaitez explorer : vous commencez par votre département d’origine (exemple pour la Haute-Loire 43, je vais à la page 143). Puis, vous visiterez d’autres départements, les départements limitrophes ou ceux que vous aimez, des vacances, d’une maison familiale…

Vous piocherez des bouts de phrases qui décrivent des mouvements, des gestes, là encore, vous listez une dizaine de morceaux.

Maintenant, nous vous invitons à former un texte, en intercalant les notes de la sortie et celles de la lecture – une note de la sortie, une note de lecture, une note de sortie, etc… - en conservant la chronologie des prises de notes et sans vous soucier du sens. Vous retournez à la ligne à chaque note recopiée. Ainsi vous avez formé un bloc-texte sans ponctuation.

Nous vous invitons à lire ce texte en partant du début puis de le relire en partant de la fin. Ecoutez ce que produisent ces deux lectures et choisissez le sens de lecture qui vous plaît. Vous pouvez retirer quelques éléments, en déplacer - un ou deux maximum, ajouter éventuellement mais vous veillerez à conserver cet assemblage d’éléments simplement juxtaposés (nous vous conseillons de vous méfier des connecteurs, exemple : donc, alors, puis… c’est au lecteur de créer du sens, des liens entre les éléments que vous aurez juste posés).

Beau jour

Proposition du jeudi 26 mars :

Après onze jours d’écriture en commun, nous avons le besoin de faire avec vous un « petit point de parcours » - cliquez ici, une autre manière de vous donner des nouvelles de ce projet collectif.

La ((proposition du jour)) a été fabriquée par Sophie B. qui vit dans la Drôme.

Régulièrement, pour qualifier les jours que nous traversons, nous évoquons le mot étrange et c’est la question de l’étrange - dans le sens du mystérieux - que nous allons explorer aujourd’hui. Nouvel univers donc, un univers plus ludique.

Et cela commence par une expérience personnelle : « Un jour de 2015, je suis entrée dans la belle basilique de Brioude. Comme à mon habitude, je me suis précipitée sur le livre d’or. J’aime beaucoup la lecture des livres d’or mais celui que je découvre à Brioude s’est révélé vraiment hors du commun ! Sur une des pages du livre d’or était écrit au stylo bleu une phrase énigmatique :

Une pensée pour mon copain Nénesse. Qu’il aille en enfer. – aucune signature. »

Aujourd’hui, il me semble nécessaire de tenter d’éclaircir ce mystère, de dénouer cette énigme qui n’en est peut-être pas une…

Ensemble, ouvrons notre livre à la page 43 (code postal de la Haute Loire) pour chercher des éléments de réponse. Nul doute que Nénesse ne se laissera pas démasquer facilement, qu’il n’hésitera pas à brouiller sa véritable identité.

Si rien ne se révèle à la page 43, tentez la page 34 ou à la page 7. Vous finirez par retrouver quelque chose. Alors, dans l’excitation de votre découverte, vous écrirez un fragment en l’étirant pour ne former qu’une seule phrase, un seul souffle.

Et puis, comme en miroir, vous écrirez une sensation d’étrange, plus intime, que vous traversez ces derniers jours, peut-être comme l’autre jour, à la manière de petites touches comme un tableau impressionniste.

Beau jour.

Proposition du mercredi 25 mars :

Comme vous l’avez peut-être constaté, quelques changements aujourd’hui sur cette page d’accueil. Nous essayons de simplifier nos pages pour les rendre plus accessibles aux personnes qui nous rejoignent. Bienvenue à chacune et chacun.

D’autre part, nous avons ajouté quelques contenus surles tissages entre écriture et confinement – cliquez ici. Nous continuerons à alimenter ce site d’autres pages, nous y travaillons un petit peu chaque jour.

Concernant les propositions d’écriture, nous avons de la matière jusqu’à lundi prochain. Si des idées vous sont venues de nouvelles pistes d’écriture, vous pouvez nous les transmettre par mail.Pour l’instant, nous privilégions les personnes dont c’est la première contribution et la variété dans l’enchaînement des pistes. Voilà pour les quelques lignes : ((organisation)).

La ((proposition du jour)) nous est inspirée par Agnès M. qui vit dans l’Hérault. Elle reprend aussi un dispositif présenté par Philippe Berthaut, dans la Chaufferie de la langue.

Vous allez partir de 3 mots : Confinement – inutile de justifier ce choix, Courage – mot à l’honneur du Printemps des poètes 2020, et le titre de votre livre… ou plus précisément le mot du titre qui vous semble le plus important.

A partir de chaque mot pris séparément, vous allez créer une liste de mots en déplaçant les lettres ou les sons du mot source. Prenez bien le temps de vous constituer un large lexique.

Par exemple : avec Confinement, on peut trouver « note » (déplacement de lettres) ou « fond » (déplacement de sons).

A partir de ces mots collectés, vous écrirez un texte pour dire cette journée, vous serez attentif à la sonorité et à la rythmique dans votre écriture. Evidemment, vous pouvez intégrer autant de petits mots que nécessaire (déterminant, préposition…). Personne ne viendra vérifier vos éventuelles « tricheries », nous vous incitons cependant à vous tenir au plus près de la contrainte.

Beau jour.

Proposition du mardi 24 mars :

La proposition du jour a été fabriquée par Véronique LM qui vit dans la Haute Loire. Et si nous nous déplacions un peu, si l’on mettait un peu de chair dans cette aventure… de la coquinerie !

Quelle autre page que la page 69 pourrait convenir, elle appelle déjà en elle tout un programme. Vous lirez cette page et vous y cueillerez des mots ou des bouts de phrase qui pourrait faire penser à des mots érotiques. Des mots qui pourraient être détournés, par exemple le verbe glisser, l’adjectif courbe… Vous en ferez une liste et si vous jugez qu’il manque de la chair dans votre panier vous pouvez continuer votre cueillette en tirant deux autres pages au hasard.

Nous vous invitons à écrire un texte dans lequel votre présence sent monter en elle un désir – n’oublions pas qu’il existe de multiples objets de désir. Pendant le moment de l’écriture, vous écouterez cette musique : Adam Naas : The love.

Vous insérerez des mots de votre liste. Peut-être pouvez-vous rester davantage dans l’évocation, la sensualité comme de petites touches sur une toile d’impressionnistes. Cela constituera un premier texte.

Cette période de confinement ne nous dégage pas de nos désirs – peut-être même au contraire. Le désir est en chacun de nous, plus ou moins intense selon le contexte, les périodes de la vie.

Nous vous invitons à écrire, dans un paragraphe serré, la montée d’un désir liée à l’un de nos jours de confinement - il peut-être réel ou rêvé et s’attacher encore une fois à de multiples objets. Vous laisserez monter le désir lentement en intensité (comme un suspens policier…).

Beau jour.

Proposition du lundi 23 mars :

La proposition du jour est une compilation d’une idée de Madeleine G. de l’Isère et de Florine V. E. du Puy de Dôme.

Il nous faut nous aérer, fuir le trop d’informations. De l’air, de l’air, de l’R ; il nous faut de l’R. La lettre R est la 18e lettre de l’alphabet, alors, vous lirez aujourd’hui la page 18 de votre livre. Vous noterez entre 8 et 15 mots de cette page, des noms, des adjectifs, des verbes, qui ne s’écrivent pas avec la lettre « r » (pour les verbes, on ne se préoccupe pas des "r" présents dans l’infinitif puisqu’ils disparaîtront lors de sa conjugaison). Puis, vous chercherez un synonyme de ces mots qui eux contiennent la lettre « r » - ce ne sera peut-être pas toujours possible, ce n’est pas grave – vous pouvez vous aider avec des moteurs de recherche disponibles sur internet comme ici.

Vous disposez maintenant d’une liste de mots qui contiennent tous la lettre « r ».

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Rémi Checchetto

Voici un poème de Rémi Checchetto paru dans Larsen. Au cœur du poème, cette formule : "Dehors, c’est…"

Dehors, c’est l’air vif, l’R vif. Nous vous invitons donc à écrire un texte en vous saisissant de cette formule "Dehors, c’est…" et en l’intégrant comme point de départ, en phrase de conclusion ou à l’intérieur de votre texte. Vous utiliserez essentiellement (uniquement) des mots avec la lettre « r » (hormis les petits mots : déterminants, prépositions, pronoms…). Les mots de votre pré-liste auront une place privilégiée dans votre texte.

Et pour faire de ce jour un beau jour, voici un peu d’air dans ce tableau de Monet (Merci Marie-Paule du Puy de Dôme).

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Monet

Beau jour.

Et si vous avez manqué le début… Pas de souci, retrouvez les propositions précédentes en cliquant ici !