Toute l’œuvre de Kiarostami est tendue vers le retrait et l’épure : soustraire pour mieux montrer, s’abstraire de la narration pour inventer des formes d’écriture qui entrent en résonance avec le monde visible.Cette œuvre, et ce n’est pas étonnant de la part d’un cinéaste, invite d’abord au regard, elle nous pousse à imaginer, au sens premier, une série d’instants qui sont pure présence au monde, instants suggérés plutôt que décrits où le lecteur est chargé de donner corps et matière aux images, d’achever le tableau.Les sentiments sont ténus, épurés, dénués de tout pathos, éloignés du lyrisme de la tradition classique persane.

Note de l’éditeur

plus je réfléchis
moins je comprends
pourquoi la neige est si blanche

***

plus je réfléchis
moins je comprends
la raison de tant
d’ordre et de splendeur chez l’araignée

***

plus je réfléchis
moins je comprends
pourquoi les mères aiment autant
leurs enfants

***

plus je réfléchis
moins je comprends
pourquoi le chien est aussi fidèle

***

plus je réfléchis
moins je comprends
pourquoi les mains vides sont calleuses

Abbas Kiarostami : des milliers d’arbres solitaires, po&psy - érès, 2014, pages 512, 514-517