La plupart de ces notes brèves, écrites au jour le jour, avec une ténacité, une obstination remarquables, enregistrent les accords, désaccords, les découvertes, les pressentiments qui rythment ou accompagnent l’entreprise de la peinture, en relation intense avec le visible, plus précisément avec des arbres singuliers. (…) (Extraits de la préface de Jean-Yves Pouilloux)

Les casseroles ne savent pas qu’elles sont des casseroles. Les arbres que je dessine ne savent peut-être pas s’ils sont des chênes ou des peupliers. La nature aime être regardée, le regard lui manque.

10.11.11

Quand j’arrive devant l’arbre, j’ose à peine le regarder. La légèreté s’envole si vite. Le regard vers l’arbre est porté par le souffle, le trait attiré par une direction. Pendant que le bras en trace une, le regard avance, cherche déjà plus loin. Après l’élan, vient la détente. Dessiner aussi la détente.

25.06.11

Le temps présent. Flou, calme, respirant. Respiration douloureuse sous un poids, sous une rigidité. Mais quelles bénédiction quand l’air arrive et se répand pour nourrir. J’expire comme je le peux, comme le calme le veut. Le calme est épais, endormi, mélancolique. Mais son mouvement lent paraît juste. Il permet de vivre librement au milieu des réactions. C’est une trêve.

04.11.09, nuit.

Il y a quelque chose. Je ne peux pas le comprendre. C’est peut-être dans cette paisible incompréhension que peintres et poètes errent. Comme je ne peux pas rester longtemps dans cette tranquille inconnaissance, je deviens peintre, d’autres deviennent poètes. J’ouvre les yeux. Au monde qui s’organise, qui devient l’arbre que je dessine, et qui absorbe la vie invisible, incompréhensible. Il faut du temps pour sentir que ce monde absorbé va lentement m’habiter : voiler mon regard, se retrouver dans l’incertitude de mon pinceau, dans mes doutes, dans mon manque d’air. Le temps devrait s’arrêter, pour donner de la place aux pinceaux et au regard perdu. J’espère que le temps comprendra cette demande raisonnable… Pour le moment, il a l’air de comprendre. Le monde ralentit. Le téléphone ne sonne plus, les bruits diminuent. L’autre temps ne l’a pas encore compris. La montre avance, on dirait même qu’il accélère. Les impatiences envahissent l’espace. Ici, entre les deux temps, il y a une place à prendre : celle de l’artiste. D’un artiste qui aura la lourde « tâche d’inexister ».

Alexandre Hollan : Je suis ce que je vois tome 3, ed. Le temps qu’il fait, 2013, pages 15, 29, 77, 96

Vos témoignages

  • michelle foliot 1er février 2014 14:36

    Je ne connais pas sa peinture sinon quelques photos. Sa peinture est décrite comme suit :« Les arbres n’ont ni tronc ni racines c’est le jeu du vide et du plein, créé par le noir d’encre, du lavis ou du fusain par les trouées du vide que l’écriture de l’arbre de ce monde méditatif s’offre » Louise Warren.

    Selon Bachelard « L’homme comme l’arbre est un être où des forces confuses viennent se tenir debout ». Il vit, il souffre, il s’exprime.

    Il est aussi « chair » dans Booz endormi de V. Hugo « Et ce songe était tel que Booz vit un chêne, Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ».

    et sur Péguy : « L’arbre, le végétal, simple et droit. De la racine à la feuille, de la décomposition de l’humus (ténèbres humides, eau plus pluie) au feuillage composé d’air et d’eau, de terre et de ciel, à travers la poussée droite du tronc et grâce à l’aspiration aérienne, la nuit germe et blanchit la céleste floraison de l’aube » Jacques Chabot

    de La Fontaine : « Celui qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l’empire des mots ».

    Si l’occasion m’est donnée je pourrai peut-être donner un avis plus personnel.