C’est vaste, un être humain, indéchiffrable. Inattendu. On croit le saisir à travers mots et jugements, le façonner à la mesure de nos récits. Subitement, le voilà ailleurs ! Il nous devance sur des chemins imprévisibles ; raille notre outrecuidance, nos prétentions à le fixer en tel lieu, telle circonstance, tel chagrin ou telle joie. Lorsque je crois t’étreindre, tu te dégages. Quand je te détermine, tu t’esquives. Si je t’enclos dans un souvenir, tu décampes. Quand je t’amarre à une page, tu fugues, tu t’en échappes, tu me nargues. Tout cela me trouble ; mais me conforte en même temps. C’est ainsi que je te souhaite : insaisissable, autonome, au large de toute définition.

Andrée CHEDID : Les saisons de passage, Flammarion, 1996, page 161.

Vos témoignages

  • michelle foliot 30 janvier 2013 17:19

    Pourquoi toujours cette quête de certitude, de tranquillité, de sérennité, quand nous-mêmes sommes aussi fugaces que fragiles ? Pourquoi vouloir construire un édifice alors que tout est mouvance et que nos attitudes secrètes sont plus riches de découvertes, de sentiments et d’émotions.