« Notre voisine de l’entresol a brusquement fait son apparition il y a deux ans, après un long séjour à l’étranger. Un soir, alors que nous nous apprêtions à sortir, nous vîmes par la fenêtre de son logement une personne d’un peu plus d’un mètre de haut juchée sur un escabeau en alu, occupée à laquer de rose les placards de sa cuisine. Bien que l’existence de la naine nous soit perceptible au quotidien d’une façon ou d’une autre, un certain mystère entoure sa situation, en particulier ses nombreuses années passées à l’étranger. Perla assure en tout cas qu’elle n’a jamais fait partie d’une troupe de cirque. Elle travaille à domicile et partage ses vingt-quatre heures entre le conseil conjugal le jour et l’écriture la nuit, n’ayant besoin que de très peu de sommeil. Bien qu’elle fasse allusion à sa clientèle, nous n’observons jamais d’allées et venues aux abords de l’entresol ; à l’entendre, elle se serait spécialisée dans le conseil conjugal en ligne. »

LE CHAUFFEUR D’ÀGE MOYEN EST À SON AVANTAGE dans un blouson beige, et bien que coupés courts, ses cheveux bouclés restent touffus et rebelles. Les bagages de trois générations casés dans le coffe, il s’installe au volant et oriente le rétroviseur de manière à pouvoir m’observer. Il me demande comment je trouve le décor par la vitre. Nous sommes toujours à l’aéroport. - Bien, dis-je. Il se retourne pour m’offrir une datte extraite d’un sachet. - Elles sont bio, dit-il. Elles viennent de mon pays. J’en emporte une vingtaine au travail pour la journée, en misant sur dix-sept à vingt clients par jour. Il y en a qui ont peur quand je leur offre une datte, même bio. Ils me disent : « non merci », et tournent la tête vers la fenêtre. Ça me donne l’occasion d’étudier leur profil. Avec les chaussures, c’est le profil qui en dit le plus long sur la personnalité….(…) La circulation devient dense dès que nous prenons les rues à sens unique. - Avez-vous déjà remarqué que les églises ont aussi des numéros ? Dit-il alors que nous approchons du centre. Il m’indique du côté de ma fenêtre une église à la façade imposante. - Celle-ci à le numéro trente-huit. C’est comme ça qu’on peut adresser une carte postale à saint Paul. On peut écrire : « Cher Paul, merci pour l’hymne à la charité. » Il y a moins de chance pour qu’on le remercie pour ses épîtres à Thimotée. Paul était un peu du genre monsieur-je-sais-tout. Il partait de l’idée que les hommes ont toujours besoin qu’on leur montre le chemin dans la vie.

p284, 286

Vos témoignages

  • michelle.foliot 2 septembre 2014 13:08

    Suis d’accord, bien chaussée, bien coiffée, sont les deux exigences de la dignité.

  • Igor Chirat 29 août 2014 13:35

    Un numéro pour les églises, une adresse pour les saints. Moi qui souhaitais laisser un message perso à St Joseph ! ça m’évitera un cierge… :)