Proposition


La proposition d’écriture a été formulée par Jean Luc Raharimanana lors de l’atelier d’écriture qu’il a animé à la médiathèque de Massiac. Elle invite à explorer un paysage avec un mot en tête. Cette proposition a fait l’objet d’une longue présentation, accompagnée de la lecture de plusieurs textes, dont certains écrits au cours de la résidence du poète en Pays de Massiac.


Les textes

Pierre roule en boule

Pierre roule en boule sur le sentier montagneux Prière silencieuse, aveugle d’atteindre la rivière Rebondie , hagarde, Tape roule électrique sur ses soeurs inertes Enfouies là par le hasard. Quartz, calcaire, micas Habillent avec éclat Ses rondeurs polies par le temps. Roule boule toujours Ecrase par mégarde Un scarabée bleu nuit aux reflets mordorés Explose une fine toile d’araignée toute perlée Qui l’enroule un moment. Chauffe le soleil Crisse les cailloux Craquent les branches imprudentes Rien n’arrête sa course folle Les racines résistent Mais elle les snobe Dégringole caracole slalome Sur la neige éparse et sale D’un printemps empierré dans le froid En bas le torrent furieux S’éclabousse Pierre roule boule s’essouffle cabossée d’une si longue course « Prière de laissez passer » En un sprint final Plongée douloureuse Dans l’eau fraîche et salvatrice du glacier.

Gisèle


Friselis du vent Cent vaguelettes déferlent frivolement sur le sable Pointe acidulée du gout du sel sur les dents Sable vole au ras du sol – picote les jambes nues Crêtes d’écument frémissent au loin - flocons ocres clairs courent sur la plage. Les yeux plissés par le soleil qui étincelle sur l’eau tu regardes au loin. Tout ton corps fouetté par une ferveur de liberté saisi l’effervescence des éléments. Demain sur le voilier tu joueras avec eux.

Le chemin droit devant, lointain toujours loin. Champs de blé, de colza, de betteraves ; champs de nourriture, de culture extensive ; chansons d’uniformité et de monotonie. Le regard se perd en quête d’horizon, terre et ciel mêlé. Arrondi de la terre, ciel en voute tout est rond, tout est plein. On glisse sans avancer, on tourne sans changer, on se perd dans le même paysage. Platitude plénitude. Où sont les montagnes, les arbres, les trébuchements, les hésitations, les vallons et les émotions ? Platitude, plénitude. Je ne veux pas vous aimer.

Bernadette


Jour de grand vent moment de l’harmattan il densifie l’air, bouche l’horizon, l’opacifie On attend patiemment cela ne durera pas ou durera trop longtemps on ne sait pas

Le sable crisse, s’immisce grain par grain grain contre grain champ de sable à perte de vue le Sahel chante à perte de son larmes latentes à force d’impatience

Imperturbable le baobab fait face et résiste. Sans faire grise mine il est là dans son présent d’arbre assailli par le vent

La tentation est grande de se terrer dans son tronc centenaire d’attendre là la fin de l’harmattan

Quand l’harmattan s’évanouit laisse hommes et bêtes lèvres asséchées bouches assoiffées le sable s’assagit.

Rolande


De son côté Présence parmi les parasites, il palabre inscrit au milieu d’autres et micros bruits

De l’autre côté le souffle de la vie n’est pas celui qui ventile, n’est pas celui qui motorise, n’est pas celui qui bourdonne au point d’aliéner la présence et de briser la pensée l’errance butineuse n’est pas un cliquetis métallique, n’est pas un frappé cavalier / où s’en va-t-il pour s’échapper si frénétique ? / n’est pas davantage le double écho du temps égrainé l’éclat de lumière n’est pas filament surchauffé / il écrase ce qu’il surplombe / De l’autre côté elle tisse des guirlandes translucides en danse

De l’autre côté multiple, éclatant, végétal, propre il était

De son côté il seul quête le courant qui porte de sortie

igor


Adossé à la roche en silence sans césure, votre ventre happé de bouche verse une eau calme. Elle lance son cri de muette. Quel vacarme êtes vous ? Quoi vous tient debout qui s’enroule au pied des ponts grandit, mugit en camouflé regorge en marais sali de sansues. De soliloque rentré, engendré, êtes-vous calme et vacarme ?

Fabienne


Clairière

Premier pas, première fois A chaque fois, comme la première fois ravissement des sens, lumière qui réchauffe les épaules calme qui pénètre les narines parfum qui fait rire les yeux. Le sentier, qui la traverse, a presque disparu sous les ronces et pousses nouvelles des buissons environnants. Seuls des yeux avisés en devinent le tracé et mon pied ose à peine fouler le chemin caché. Mon cœur qui battait fort ne se fait plus entendre et les bruits de la forêt semblent plus lointains, comme si les animaux, dont je sens la présence toute proche, me témoignaient leur respect par leur silence. Au pied d’un arbre, un lit de mousse m’accueille en souriant. En songes éveillés, j’ai souvent imaginé emporter cette clairière dans un bocal pour m’y plonger, comme la première fois, y oublier le fracas du monde.

Caroline