Proposition


Présentation de « Si je suis de ce monde », composé de 48 textes sans ponctuation si ce n’est la majuscule initiale et le point final.

§ Faire une liste, une liste composée d’une attaque par un verbe à l’infinitif et prolongée de quelques mots en piochant dans des expressions existantes (marcher de travers, pleurer de rire…) ou dans des expressions inventées (rêver sans limite…). Lecture, chacun note au moins une expression venant de chaque participant à l’atelier.

§§ Écoute de la lecture d’extraits « Si je suis de ce monde » par Albane Gellé, lors de l’émission Ça rime à quoi. Puis chacun lit une page du recueil à tour de rôle.

Écrire cinq fragments, cinq phrases blocs à partir de la matière collectée depuis le début de l’atelier : 3 fragments à l’aide des expressions listées au début, 1 fragment à partir d’une expression glanée dans la liste d’un autre participant, 1 fragment emprunté à Albane Gellé : tenir debout.

Ouvrir. Ouvrir après le verbe à l’infinitif et étirer, déplier ce que contient chaque expression. Déplier pour fabriquer un texte, un texte borné, tenu, de chaque côté par les expressions. Organiser librement l’agencement des fragments entre eux.


Les textes

Pleuvoir sur ma tête comme il pleut sur la campagne Il peut voir la forêt dans mes yeux Pleure la résine des pins Pour des lendemains Incertains Courbe le dos Comme vache qui pisse.

Siffler gaillardement la fleur au fusil le refrain sur les lèvres effacé par le gout de la gnole la boue des tranchées chair à canon

Faire mieux que se taire peindre avec les mots écrire à l’infini pour dire en mots malins jeter l’encre en colimaçon elle descend sur la page et couvre de pacotilles les grises mines

Rire du pire et du pitre Peut-être – être un peu – Un peu du rire de l’autre L’autre qui est parti A en perdre haleine

Tenir- et tendre les voiles – et prendre des ris Garder le cap Ballote le bateau Jamais – jamais Céder – tourner –vent debout.

Bernadette


Avancer sans hésiter, sans tergiverser, sans piétiner. Ferme, martial, décidé. Indéfiniment sans but dans le désert.

Casser à éclater ce qui a été. Annihiler, projeter, disperser. Loin là-bas déchiqueter la nostalgie.

Exploser sans projeter, éparpiller sans disloquer, sans blesser. Une seule pulsion violente puissante. Sans bruit en douce.

Lancer un mot, écouter l’autre. Croiser les sons, rattraper les sens. Lier le tout. Déplier. Etirer. Accepter une invitation.

Tenir la main tenir à eux à vous à toi soutenir retenir maintenir contenir tiens-toi droite debout.

Dominique


Tirer sur le temps, l’étirer -il n’y en a jamais assez- le corps tendu au-delà au-delà du désir de vivre s’étirer nue au soleil la peau respire et la chemise propre fouettée par le vent claque sur la ficelle.

Aller Y aller encore et encore y aller sans réfléchir descendre toujours plus bas au plus profond s’écorcher les mains sur la roche trop dure donner tout donner les yeux brillent dans le noir ce sont eux les vraies pépites. Je rencontre les tiens Chemise noire des gueules noires au charbon.

Se tenir la main et marcher ensemble les pieds chatouillés par les hautes herbes. Souffler sur la fleur du pissenlit s’envoler avec la graine et partir avec le vent. La chemise ouverte dévaler la pente à vive allure et gravir patiemment mais sûrement les côtes.

User le corps trimant jour et nuit user le sang bouillonnant vif ardent user l’amour qui nous unit et nous déchire. Rien ne tient et tout s’en va irrémédiablement. Raccomoder seule la chemise à la lueur du jour déclinant coulent les pleurs et la chandelle par les deux bouts.

Tenir coûte que coûte veiller sur la flamme et semer encore une fois les graines L’oiseau me donne des nouvelles du monde éclate le chœur des fleurs du grand cerisier. Beauté tranquille des choses ordinaires le temps présent s’offre en partage Chemise blanche du dimanche Etre vivante dans le paysage et respirer le printemps debout.

Hélène


Rouler sa bosse dans brouillard des jours dans bruits assourdissants des autres poursuivre malgré bousculades errances ballon qui brise l’instant suspendu à bloc.

Marcher longtemps sans regarder derrière la terre qu’on va quitter ouvrir grand sur les senteurs le granité et la tiédeur sur l’étrangeté des regards neufs des chemins fins grimpants de travers.

Tenir et soutenir les yeux perdus sans reculer bien au contraire vers le corps crispé arquebouté tenter parce qu’un sourire sait-on jamais celui offert sans y penser fera brillance humidité comment être face quand on est debout.

Filer le temps pour le saisir fragile quand vide quand juste là pourrait suffire à sentir battre le cœur du monde arrêt possible du ventricule droit.

Coucher les petits par un baiser faire calme revenu et reposer sa tête son corps son cœur et l’invisible toujours on sait la lune tourne garde silence dehors.

igor


Tourner valser rire chanter repas de famille famille dans la société société hétéroclite le monde à l’envers ou en rond.

Tourner le manège place du foirail le ciel enchanté le ciel étoilé les rêves en bleu en rond.

Aller et venir la rencontre d’un ami le printemps du poète le petit de l’homme tout droit.

Compter sur toi sur moi entendre voir comprendre l’oiseau qui piaille dans la campagne peinture sur ses dix doigts.

Lancer la canne à pêche l’eau froide du ruisseau le pêcheur joueur le ver qui se tortille serait-ce une invitation ?

Tenir sa langue la mettre à la poche poche percée chanson aux lèvres et nez au vent debout.

Tenir face au temps le présent aller devant beau paysage dessin d’enfant debout.

Marie Antoinette


AVANCER à petits pas prudence à pas de géant folie nouveau projet ramer sur l’océan marcher DANS LESERT

LANCER la balle retour inattendu courir comme des fous souffler rêveries amis proches ou lointains UNE INVITATION

TENIR bon s’effacer silence pesant lourde carapace se refermer sur soi s’exprimer à regret éclaircie dans le ciel tirer SA LANGUE

RESPIRER librement sans entraves liberté porte ouverte espoir choses simples de la vie courir dans l’herbe source qui jaillit entre deux pierres crier À PLEINS POUMONS

TENIR à sa famille à ses amis joies peines la roue tourne on avance à petits pas à grandes enjambées l’été l’automne le printemps comme un arbre DEBOUT

Mady

Vos témoignages

  • veronik leray 27 avril 2014 19:04

    Poster des lettres pour faire des mots des mots images qui font ainsi font un message.

    Prendre la vie de travers se retrouver face à la mer caresser du bout et à l’envers le bord avec son pied.

    S’casser une croûte terrestre se dire qu’il faudrait mieux brasser du vent que de s’laver les dents.

    Prendre surtout pas vivrevivrevivre vivrevivre vivre tant avant qu’il ne passe le temps.