Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. Une provocation. Une invocation. À écrire ce livre, pour toi, mon fils. » Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour - leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2013

Des mamans faisaient rouler leurs poussettes peuplées de petits Asturiens, des grands-pères plongeaient dans les flots des cannes à pêche au bout desquelles gesticulait un ver de sable, des enfants couraient avec à la main une glace dégoulinante, des préadolescents envoyaient des SMS sur leurs smartphones customisés. Envoyer des SMS : c’était devenu le geste universel. Le signe de reconnaissance de l’être humain. Les soixante-huitards qui nous avaient endettés avaient gagné : les gens n’avaient plus rien à se dire mais ils communiquaient. Sur Facebook, on trouvait des groupes de discussion « J’aime les frites » et « J’aime pas les juifs » et c’était presque égal. J’ai soupiré. Je voulais de l’air. Je priais pour la voir surgir de la brume d’été qui montait devant mes yeux, au loin. Mais elle ne venait pas. J’ai marché jusqu’au fameux spot de surf de la côte, baptisé « El Mongol » parce que les terribles vagues qui y enflent vont s’écraser contre l’enceinte d’un asile psychiatrique. Je me demande si ce bruit de l’eau qui explose contre les murs toutes les trente secondes est véritablement apaisant pour un cerveau malade….

Ch. Ono-Dit-Biot : Plonger- extrait p73- Gallimard