L’avis de Valériane Eulry, libraire :

La passion selon Juette vous entraîne dans un Moyen-âge totalement défait de ses clichés et autres images d’Epinal. Clara Dupont-Monod ne cherche pas à nous peindre un décor pittoresque, mais à se rapprocher au plus près des corps et des pensées. Huit siècles nous séparent et pourtant ces êtres humains sont émotionnellement incroyablement proches de nous, intemporels. Car Juette est une héroïne résolument moderne, féministe bien avant que cette notion voie le jour. Voici une œuvre à même de nourrir une véritable réflexion.

Mes cheveux tombent jusqu’à ma taille. Ils me tiennent chaud. J’aime sentir mes pieds nus contre le sol terreux. J’ai superposé des tuniques sans ceinture ni foulard. Pour la première fois je réponds, seule, aux besoins de mon corps. Aucun texte ne m’a appris le respect de ses besoins élémentaires. Il suffit pourtant de les combler pour se sentir en paix. Le froid, la faim, le sommeil : c’est donc si simple, un corps. Il est presque aussi léger qu’avant. page 168

Hier matin, après avoir passé la nuit à veiller les mourants, j’ai pris ma cape et mon bonnet. Je suis allée suivre le fleuve. A travers la brume, j’ai aperçu la ville que les hommes engraissent. Cela n’a plus d’importance. Les marins peuvent rentrer de la Baltique, les conteurs enchanter les ignorants, les maris peuvent poursuivre leur travail de destruction, et les prêtres s’allonger sur leurs fidèles, je n’ai plus peur. J’ai tourné vers les bois. Ils étaient recouverts de silence et de givre. La lumière dentelée perçait les branches. Une petite rivière coulait comme un filet de Meuse égarée parmi les arbres. Les berges trempaient leurs herbes blanches dans le courant. C’était un bel instant. Je me suis penchée au-dessus de l’eau. J’ai vu mon reflet. Hugues dit que les orages n’existent pas, que les vraies tempêtes passent comme un souffle. Agenouillée devant mon visage, j’ai su qu’il avait raison. Mes joues étaient rouges de froid. J’ai baissé ma capuche pour toucher mes cheveux. Puis j’ai lentement caressé mes yeux, mon nez, ma bouche. Au loin le galop d’un cheval est passé sur la route. Je m’appelle Juette, je n’ai plus d’âge. J’ai une revanche à prendre. pages 174/175

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