Les mots maniéré,efféminé résonnaient en permanence autour de moi dans la bouche des adultes : pas seulement au collège, pas uniquement de la part des deux garçons. Ils étaient comme des lames de rasoir qui lorsque je les entendais, me déchiraient pendant des heures, des jours,, que je ressassais, me répétais à moi-même. Je me répétais qu’ils avaient raison. J’espérais changer. Mais mon corps ne m’obéissait plus et les injures reprenaient.Les adultes du village qui me disaient maniéré, efféminé, ne le disait pas toujours comme une insulte, avec l’intonation qui la caractérise. Ils le disaient parfois avec étonnement, pourquoi choisit il de parler, de se comporter comme une fille alors qu’il est garçon ? Il est bizarre ton fils Brigitte ( ma mère) de se conduire comme ça. Cet étonnement me compressait la gorge et me nouait l’estomac. A moi aussi on demandait pourquoi tu parles comme ça ? Je feignais l’incompréhension, encore, restais silencieux- puis l’envie de hurler sans être capable de le faire, le cri, comme un corps étranger et brûlant bloqué dans mon œsophage.
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