Dans le dernier roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, il y a de la musique – d’emblée celle d’une langue lyricomique –, une parole – elle est le plus souvent féroce –, des vers – ceux de Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Racine –, et de la danse – une ronde infernale des corps sur la scène du théâtre des vices. ….d’abord ce titre, un alexandrin emprunté aux Métamorphoses d’Ovide : Si tout n’a pas péri avec mon innocence. La violence de la voix de Kimberly frappe. Sa confession court sur près de 450 pages de tension, de railleries, d’excès mais encore de truculence et de drôlerie. Il n’y a aucune morale dans ce roman d’apprentissage, et c’est l’un des tours de force d’Emmanuel Bayamack-Tam. Mais une loi universelle, qui se vérifie à la toute fin du livre.

Vincent Roy, Le Monde, 11 janvier 2013

Emmanuelle Bayamack-Tam fait montre d’un réel don qui n’est pas que du talent mis en perspective mais bien une grâce offerte par une fée éprise d’absolue et de poésie, de légèreté et de constance, de sensualité et d’humour ; bref, autant de pétales à ne surtout pas arracher en sifflotant une comptine enfantine totalement stupide (je t’aime un peu, beaucoup, etc.) mais à protéger du blizzard compassé de la norme populaire qui prédispose à mettre en lumière l’histoire eu détriment de tout le reste. D’autant que du côté de l’histoire, vous allez être servi ; alors quand le style se met de la partie, c’est l’apothéose, feu d’artifice à tous les étages ! Lire oui, mais avec le plaisir inégalé du style…

J’ai en horreur les stigmatisations et les enfermements dans des genres précis mais à la lecture de ce bijou on se demande tout de même si un homme aurait été capable de cela, comme si certaines démesures ne peuvent être osées que par le talent féminin qui possède une précision spécifique dans la compréhension de certaines choses… et donc dans son rendu. Un livre qui claque dans le silence hypocrite des convenances pour nous rappeler à l’essentiel : le sens de la vie.

François Xavier, Le Huffington Post, 2 février 2013

« Si je dois avoir une famille, alors que Baudelaire soit mon frère et Janis Joplin ma soeur"

La poésie n’a qu’à bien se tenir, même si Baudelaire et Rimbaud ne risquent pas grand-chose puisque j’ai décidé de n’écrire qu’en anglais. Il faut dire que toutes mes tentatives en français sonnent au mieux comme des braillements avinés et au pire comme des bluettes maladives ou des cantiques pompeux. Pour ma leçon de ténèbres, ma ballade des pendus, mes histoires de coquelicots décapités ou de grands-mères pulvérisées ; pour mes éveils maritimes, mes rencontres avec une pythonisse aux cheveux rouges, ou avec une vieille tapineuse à face de dogue ; pour mes odes to a nightingale, mes freed from desire, mes come in mouth, mes may day et mes cruel summers, l’anglais, décidément, est la meilleure des langues, celle que je tiens de Patti et de Bob, à défaut de l’avoir apprise de Keats. Et pourtant, to think is to be full of sorrow, voilà une phrase que j’aurais voulu écrire moi-même vu que j’en éprouve mieux que personne la vérité tragique. pages 415/416

Tout est pur aux purs, tu parles ! Les purs ont beau ne voir le mal nulle part ; ils finissent quand même par se le prendre en pleine gueule. ça ne sert à rien d’être pur, sauf à vouloir être enseveli sous un tombereau d’immondices alors qu’on est pour rien dans la pourriture mondiale généralisée. ça ne sert à rien d’être pur et de toute façon il est impossible de le rester quoiqu’en disent les évangélistes de tout poil, qui n’en sont pas à une connerie près.. page 430

Vos témoignages

  • Véro 27 janvier 2015 21:26

    La pureté n’est pas de ce monde.

    Une phrase de Lanza del Vasto me revient : Pisse n’importe où, avec l’impudeur des purs.

    Peut être qu’ils sont de ce monde, mais ce n’est pas ceux qu’on croit.