Recueil de trois textes : La femme dauphin, le Père d’Erri (Le ciel dans une étable), derniers moments de la vie d’un vieillard (Une chose très stupide). Reliées par la méditerranée (comme échappée), ces trois histoires le sont aussi par la sensualité qui traverse tout le livre. On y retrouve tous les thèmes de prédilection du romancier : l’innocence de l’enfance, la force de la nature, le langage, la justice, Dieu et l’amour. Erri De Luca y met aussi de lui-même, romancier militant, en marge, comme un invité entre les lignes de ces trois histoires.

1) En juillet, un dauphin m’a abordé alors que je nageais sur le dos. J’ai été assailli par son vent qui passait près de moi et sous mon dos. C’était une caresse profonde qui partait des pieds, parcourait mon corps et passait derrière ma nuque. Il m’ouvrait la mer, remplissait ma respiration. Il faisait vibrer les organes, mes reins, mon cœur, mon cerveau, il chatouillait mes poumons , soufflait dans mes os.J’ai fermé les yeux et j’ai nagé les mètres les plus légers de ma vie. Mes brasses suivaient un courant, j’avais l’impression de descendre du haut d’une vague. J’étais un enfant sur une balançoire, poussé dans le dos par un adulte joyeux. Peut-être nage-t-on ainsi au paradis, accompagnés par un dauphin. pages 45/46

2) Ils passèrent des jours et des nuits dans l’étable en étroite intimité avec cinq vaches. […] Cela arrive en des temps et des endroits où l’on est obligé de vivre de façon inhumaine : alors les animaux renouent un lien avec la vie. […] Le toit fissuré de l’étable laissait entrevoir des bribes d’astronomie. Le couvre feu maintenait les lumières éteintes sur terre. Quand la chanson « Il cielo in una stanza » devint célèbre dans les années 60, mon père Aldo de Luca sourit au souvenir du ciel dans une étable. (pages 89/90)

3) Court et amer le mois de février, disait-on chez nous d’un Sud sans défense face à l’hiver. Au pays du soleil, la puanteur arrivait à cause du froid. Le froid, ’o fridd’, écorche, éventre, vide et grignote.[…] Adda passa ’vierno, l’hiver doit passer, dit l’homme qui vit dans une pièce au niveau du trottoir avec femme, enfant et père âgé. C’est dimanche et on est autour de la table faite de la porte de la salle de bains retirée de ses gonds et posée sur le lit, recouverte d’une nappe. page 109