Méditer, revenir à soi, à la nécessité de la réflexion, à la lenteur et à la rumination : accepter le voyage intérieur au plus profond de nous pour mieux ressurgir, libérés des peurs afin de regarder sereinement la vie. Ecrit à la manière d’une longue promenade le long d’un fleuve, le livre se compose de formes brèves : journal, pensées, aphorismes, paraboles, fragments de récits. Felwine Sarr, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger à Saint-Louis du Sénégal, nous offre cet exercice salutaire de ces Méditations Africaines pour trouver la lumière.

Un temps, une conjonction des situations, des êtres et des choses me rendent à moi-même. Fini mes rêves d’exil monastique en quête de paix. Elle est là (elle se montre à moi) la paix, désormais, dans ce bout de terre qu’enlacent deux bras du fleuve Sénégal. Elle a besoin pour apparaître de désencombrement (intérieur). Il faut faire place nette, car dame paix n’aime pas la confusion et n’habite pas les capharnaüms. Le tempo de l’île Nord de Saint-Louis ralentit ma hâte née de longues années d’urgence ; halte de mes errances, lieu de mes pérégrinations immobiles, j’y réapprends la lenteur. page 19

Dimanche matin. Journée claire. Les mots sont en attente dans une gare de triage. Le sentiment qu’ils souhaitent exprimer est déjà là, présent, brut, mais indicible. La séduction d’une page blanche et la ruse d’un texte qui dit leur absence échouent à les faire advenir. Habiter une présence pure non médiatisée, telle est la leçon d’aujourd’hui.

Corniche. Rive gauche de l’île au-delà du pont Faidherbe. Une digue prolonge le chemin qui longe le fleuve. Un nouveau quartier s’y édifie peu à peu. Les décharges sont encore là et polluent les abords du fleuve. Au bout d’un sentier chaotique de latérite qu’évitent les taxis, s’élève une grand bâtisse rouge ocre…[…] je m’installe sur la terrasse un livre à la main, dans un décor improbable. En face de moi la majesté du fleuve Sénégal, sur ma gauche des monticules de déchets sur lesquels jouent des gamins. 16h15 dans ce coin du monde, un soleil franc irradie une chaleur qu’adoucissent les eaux. Khabane et Fakhane sont dans la pièce d’à côté. Le maître avec soin, patience, exigence et ardeur transmet au disciple le secret des exercices qui délient les doigts et des notes qui perforent les âmes. Un air de Beethoven tantôt allègre (le maître joue) tantôt chancelant (l’élève s’y essaye) s’échappe de ce lieu sur la voie. En jetant un œil sur le tas d’immondices trônant à ma gauche, je me dis que, décidément, de partout on peut s’élever vers le ciel. pages 24, 25

Aujourd’hui, c’est un jour de grande peine : une nouvelle qui m’a beaucoup affecté. Rien ne réussi à l’atténuer. Le temps est venu mettre une claque à mon humeur joyeuse. Un couvercle de marmite qui se rabat sur un pot au feu trop mijotant. Dégonflé comme une voile lorsque le vent tombe, il faut à nouveau aller chercher en soi du cœur au ventre, un surcroît d’énergie vitale contre la torpeur qui menace de s’installer et de s’enraciner. page 81

Je suis arrivé à Dakar à 6h30 du matin…Ici la salutation est un éthos (une éthique). Elles me souhaitent la bienvenue, profèrent de belles paroles, s’enquièrent de ma santé, de celle de ma famille, de ceux de mes voisins là-bas, de ceux que j’ai vus. Elles expriment de belles intentions à l’endroit de leur enfant et de l’être humain que je suis, formulent des voeux de paix, de prospérité et de longévité. Dans cet acte de parole, l’information compte moins que la vertu cathartique du verbe qui fait du bien au foie et au cœur. page 84

Bobin, Dany, Bachir, Rodney, Boris…peu importe, celui que je lis actuellement occupe mes pensées. Pour que l’hospitalité soit complète, il faut que je le laisse repartir, s’en aller, remballer ses affaires et avec le temps, de sa venue ne subsistera qu’une fleur pour le bouquet final. Celle que je cueillerai de lui concentrera le meilleur suc de ce qu’il m’aura transmis. page 122