C’est une prouesse de partir d’une histoire tissée de culpabilité et d’échec, d’injustice et d’irresponsabilité, et d’en faire une méditation comique sur la fragité de l’être humain, sa grâce et ses possibilités. Publisher Weekly

Mais il y a quand même de sacrées journées dans la salle 205 du lycée Stuyvesant, lorsqu’un discussion sur un poème ouvre la porte à une éclatante lumière blanche, et que chacun comprend le poème et comprend la compréhension. Puis, quand la lumière s’estompe, on échange des sourires comme des voyageurs rendus à leur point de départ.

Mes élèves ne le savent pas, mais cette salle de classe constitue mon refuge, parfois ma force, le théâtre où peut enfin se déployer mon enfance contrariée. Nous nous plongeons dans les éditions annotées de Ma mère l’Oye et d’ Alice aux pays des merveilles et quand mes élèves apportent les lectures de leur première jeunesse une vague de joie parcourt la salle. Toi aussi, tu as lu ce livre ? Ouah !

Dans toute la salle de classe un ouah ! signifie qu’il se passe quelque chose.

On ne parle pas de questionnaires ou de tests, et s’il faut assigner des notes pour complaire aux bureaucrates et bien les élèves sont capables de s’auto-évaluer. On sait ce qui se passe dans Le petit chaperon rouge, que si vous ne suivez pas le chemin que votre mère a dit de suivre vous allez tomber sur le grand méchant loup et va y avoir du grabuge, mon gars, du grabuge, et d’ailleurs toujours pareil, comment ça se fait que tout le monde se plaigne de la violence à la télévision et que personne ne dise un mot de la méchanceté du père et de la belle-mère dans Hansel et Gretel, comment ça se fait ?

Du fond de la salle le cri de colère d’un garçon : les pères sont de tels connards !

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