À 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis 12 ans sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l’archipel. Depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’immerge chaque matin.
Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l’amour et la rédemption. Babelio

  • Parce que c’est la plus belle promesse qu’on m’ait faite de toute ma vie.
  • … la plus belle ?
  • La seule promesse vraiment belle. Ce sont les mots exacts qu’elle a employés. La seule promesse vraiment belle. C’était fort. Pour moi, ç’a été comme si elle déclenchait un orchestre dans ma tête. J’étais au milieu des musiciens. À côté des cordes, avec les cuivres juste derrière moi.
  • Des promesses, a-t-elle dit, on en reçoit tant. On s’en fait à soi-même. Les autres nous en font. On a des politiciens qui nous parlent d’une vie meilleure pour les vieux, d’un hôpital où personne n’aura plus d’escarres ; on a les banquiers qui nous promettent des intérêts plus élevés, les produits qui nous promettent qu’on va perdre du poids, les crèmes qui nous promettent une vieillesse avec moins de rides. Vivre, au fait, ce n’est jamais qu’avancer dans son petit bateau au milieu d’un flot de promesses variées à l’infini. Quelles sont celles dont on se souvient ? On oublie celles qu’on voudrait ce rappeler et on se souvient de celles qu’on préférerait oublier pour toujours. Les promesses trahies sont comme des ombres qui dansent autour de toi au crépuscule. Plus je vieillis, mieux je les vois. La plus belle promesse de ma vie, c’est celle que tu m’as faite quand tu m’as dit que tu m’emmènerais jusqu’à ce lac dans la forêt. Alors je veux le voir de mes yeux et rêver que je m’y baigne avant qu’il ne soit trop tard. (…)

Je me suis arrêté près de la patinoire éclairée où quelques jeunes se déplaçaient à toute allure avec des crosses de bandy et une balle rouge. Ma propre enfance m’est revenue avec force : le bruit sec de la lame des patins contre la glace, de la crosse heurtant la balle, les cris intermittents, les chutes dont on se relevait toujours très vite. C’était le souvenir que j’en gardais, même si je n’avais jamais tenu une crosse de bandy ; on m’avait diriger plutôt vers le hockey, qui était un jeu plus brutal dans mon souvenir que ce que j’avais à présent sous les yeux. Se relever très vite quand on tombait. Tel était le grand enseignement des matches de hockey de mon enfance. Ça resterait vrai dans la vie adulte. Se relever très vite. Ne pas rester à terre. Mais c’était précisément ce que j’avais fait. Après mon erreur fatale, je ne m’étais plus relevé.

Henning Mankell : Les chaussures italiennes, Points 2011, pages 55-56 et 123.