GRIVE

Plutôt la nuit cette falaise plutôt ce mur et cet abat

c’était le cru royaume les puits de pierre jaune la niche aux morts les verticaux mâcheurs d’épis leurs crocs peints vermineux leurs bouches d’ombre à rien c’était ventre à naufrage infertile giron du rêve trêve et piège l’ingénue fable inachevée du grillon des cigales les vents dans l’olivaie et les chemins de bergeries l’orage épars et l’or à jamais granulé des nuages sur la caillasse bleue des îles à jasmins

cap au nord à la pluie deux pigeons un petit canot rouge ridait les eaux énormes nues où le pêcheur posait au soir trois lampes

il y aura la terre une fois la nuit fusible et claire le pas toujours sans fin premier l’attente entre deux aubes et l’arbre il y aura la grive rue Basfroi


ça tient
ça grelotte
une heure
ça croche
armoise et verge d’or
ça fond
plus noir
que le noir
et c’est nu
un ruisseau
ça s’affûte
c’était
un cri
ça passe
ça fut.

PLIQUE

« Déjà vu le vent rond qui court sec et fouaille déjà vu la falaise ébréchée la mer pointues les incertains sillages des souches en dérive vus les atlas polychromes et les oiseaux hantés des noirs matins la route âmes bâtées vos lexiques et vos rêves obsolètes vos mains déjà vu déjà vu dé- jà vu la vie » crie-t-il

(et moi je suis encore là je te vois).

Henri DROGUET : Noir sur Blanc, Gallimard, 1998, pages 80-81, 89, 108