SEXTE

Le vent ça barde et décarcasse ça brade et décrasse un ciel à la fonte lessivé d’ondées purées lavandières et de petits bouts d’incendie la houle énorme inlassable fourbit la falaise

un ruisseau dévoyé court à sa perte invisiblement dans les brumes et s’égare aux toundras improbables et des éloignements médiocres resongés des rats fuireux fouinent et s’affairent quelque part et c’est dans les boulingrins

aux criques maintenant ombres nues ruisselantes nymphes on vous rêve ton innocent je suis toujours à mes voyures à mes feux et mes courses fêtes dans l’en avant minces broderies je sais je fais durer le (malin) plaisir

9 octobre 2004

FABLE (extrait)

Blindé noir obtus résolu un scarabée s’élance à l’assaut d’un talus à souches et rocailles face Nord empêtrée de poly- podes scolo- pendres verts et pourpres fougères rouies nombrils de Vénus épinards des murailles vésiculeux magmas emmouscaillés fongiques lierres reptiliens lichens herbes des saints Jean et Laurent casse-pierres au bout de sa course tortillée têtue un oiseau quelconque et sans états d’âme le démantibulera (…)

Henri Droguet : Off, Gallimard, 2007, pages 35-36, 49.

Vos témoignages

  • michelle foliot 25 mars 2013 10:34

    Je note que l’un de ses poêmes s’intitule « Arrêt sur images ». Ne parlons pas de poésie « figée » mais d’une poésie faite de « tableaux » qui se succèdent, se superposent, s’entremêlent, une poésie photographique, pour mieux saisir l’instant présent et l’inscrire en mémoire. De même qu’en photographie « les images » sont faites de constrastes entre lumière et obscur. Image de la vie apparente, celle que l’on voit et celle que l’on ignore, qui reste un mystère. Image du « dehors », celle du vivant, de l’énergie et celle du « dedans », celle de l’intime. Image du temps présent, de l’ardeur de vivre, de la réalité et image du passé, du vécu. Image des sentiments « extérieurs », la colère, les éblouissements, et image des sentiments « intérieurs », le désir, les angoisses, les refuges. Image du « visible », la lucidité, l’instabilité et de l’invisible, l’insaississable, l’incontrôlable. Image de la stabilité - référence à la maison : vaisselier, broderies, penderies, le rouet - et image du mouvement perpétuel, le vent, l’eau, les intempéries. Image de « l’agir », la volonté, la force, le pouvoir de l’action et du « désir », du rêve, du bonheur, de la plénitude, de la sérenité. Images colorées , tantôt sombres, tantôt lumineuses. Ses titres même s’intitulent : « Noir et Blanc », « Quadrichomie », « Noir ». Les noirs, les ciels de plomb, de brumes traduisent les sentiments d’angoisse, de peur, les « bleus céruléens », « la splendeur laiteuse des galaxies », le bonheur. Les images à voir sont aussi celles de la nature à la fois familière, les lavandières, les blanchisseuses et, sauvage, la falaise, les toundras, les rocailles, les « lierres reptiliens » Les images sont aussi celles des plantes, traduisant tantôt l’épanouissement « Circée magicienne », le temps, « Herbes de Saint-Jean » qui renvoit au calendrier, l’emprise, l’enchevètrement des choses, « le polypode scolopendre », le « lierre reptilien ». Les images sont aussi celles des sonorités violentes, le vent, la mer, les cloches, les tourbillons ( ça craque, ça fourbit, ça pétrit, ça bourdonne) et douces, le bruit du ruisseau, du clapotis de l’eau, le chant du coucou. De sa poésie il laisse imaginer un promeneur solitaire en situation permanente d’affrontement, comme un moyen de mieux se connaître, de se découvrir différemment. L’ observation qu’il fait de la nature, outre les images qu’elle lui évoque, n’a rien d’une contemplation, tout est toujours en mouvement. Sa poésie, certes charnelle, est physique, active, jamais en repos. Elle est une quête de l’action, du déroulement du temps, de la recherche de la signification des choses qui l’entourent, aussi bien dans l’environnement lui-même tel qu’il est, milieu vivant, fluctuant, évolutif, parfois imperceptible, mais aussi sentiments des choses de la vie éprouvées.

    Lui seul en a le secret.

  • michelle foliot 14 février 2013 13:14

    SEXTE Analyse n° 3

    Le poême est inspiré de tous les éléments qui font la « nature », « grande travailleuse », efficace, volontaire - allusion aux gens simples, et aussi inssaisissable, incontrôlable - allusion aux évènements imprévisibles. Notre vie intérieure est à la fois aveu d’impuissance, volonté de vivre, désir de rêves, d’espoirs, d’amour - tantôt opaque , tantôt lumineuse.

    Viendra peut-être une quatrième analyse, l’analyse poétique.

  • michelle foliot 13 février 2013 20:29

    FABLE

    On pourrait la comparer à un combat.

    Un motif : l’adversité Un parcours , semblable à celui du combattant, semé d’embûches dans un milieu aux couleurs quasi-militaires (noirs, verts, pourpres, rouies (roussies)) Une action - stratégique : attaquer, défier, résister Un objectif : combattre La morale de la fable : la vie est un combat permanent

  • 13 février 2013 20:20

    SEXTE - analyse n° 2

    La structure du poême est en fait celle de l’unité :

    • unité de temps : « Sixième heure du jour, il est midi »
    • unité de lieu : ..sur la côte sauvage, avec ses falaises, les toundras, ses criques, ses ruisseaux,
    • unité d’action : chacun s’active ; les acteurs étant le vent, la pluie, les lavandières.
  • 11 février 2013 09:41

    Tu seras d’accord avec moi, il y a au moins trois types d’analyse, peut-être plus ? Analyse philosophique, de la structure et de la forme. J’ai choisi cette dernière. Je vois une construction en trois temps, qui est proche de l’action syndicale. L’observation : le jour a du mal à se lever, le ciel est bas, il pleut, le vent souffle.

    Le jugement : la journée s’annonce comme un vrai chamboulement, un bouleversement de l’ordinaire ; quelque chose aujourd’hui d’incontrôlable, empêche de voir.

    L’agir : Les êtres s’activent, le rongeur s’agite, il court - la nature s’échine - les lavandières lessivent ; il y a stimulation, volonté commune, chacun s’active, nettoie, frotte, lave, inlassablement.

  • michelle foliot 5 février 2013 15:17

    FABLE

    Celui qui agît sans conscience est celui qui n’a qu’un seul but : détruire. Il est plus facile de s’adonner à ses pulsions criminelles que de se battre pour un idéal de paix. La paix, la dignité humaine sont de véritables conquêtes qui doivent être menées chaque jour, devant l’absurdité, l’adversité, la médiocrité, la gratuité.

  • michelle foliot 23 janvier 2013 15:30

    Sur le vent,

    Le vent fripon, comme un appel Le vent doux des jours de printemps que l’on reçoit comme une caresse Le vent qui souffle dans les champs comme une nuée de papillons Le vent d’automne qui disperse les couleurs Le vent qui ranime la nature qui dort

    Le vent qui bouscoule, qui renverse, qui dérange Le vent qui décoiffe, importun Le vent violent qui agresse Le vent chaud qui brûle la peau Le vent tiède qui apaise Le vent qui réveille, qui régénère

    Le vent des sables qui efface et redonne aux dunes leur pureté Le vent favorable à la voile Le vent oublieux qui emporte au loin et amène le bateau à la dérive Le vent tempêtueux qui fait peur Le vent fou du midi qui fait perdre la boussole Le vent malin qui s’incruste dans les moindres recoins Le vent humide des jours gris Le vent qui anéantit l’horizon sous la neige Le vent qui indique la direction

  • Fleur de carotte 13 janvier 2013 11:46

    Ecriture grouillante et truculente, on doit s’en donner à cœur joie de la lire à haute voix.