Le corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar douloureux du meurtre non élucidé de sa propre petite fille Kushi. Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes atroces avec celui tout aussi horrible de trois chinois, va le forcer à affronter la terrible vérité. En Mongolie, pour certains hommes, le trafic des précieuses « terres rares » vaut largement le prix de plusieurs vies. Dans ce thriller admirablement maîtrisé, Ian Manook nous entraine sur un rythme effréné dans une Mongolie multiple avec ses steppes balayées par les vents de l’Asie Centrale, ses Yourtes blanches, ses traditions ancestrales liées à Gengis Khan, ses marques de l’oppression soviétique et chinoise, ainsi que ses difficultés économiques et sociales actuelles. Nous naviguons des steppes vertes aux bas fonds noirs d’Oulan Bator en compagnie d’un flic cabossé par la vie, de fiers nomades férus de haute technologie, de moines combattants, d’une femme médecin légiste sereine…

« Il y eut pourtant un instant de grâce, au crépuscule, quand une ombre mauve coula sur la région de Sanzai. Les collines érodées et douces ondulèrent dans le couchant, plantées de pins et de mélèzes bleus espacés, et parsemées de vastes prairies argentées immobiles. Le ciel, au-dessus du camp, s’enflamma de rose et de pourpre, courut en longues traînées obliques de petits nuages violets. Le feu de bois embrasait le centre de la clairière et chacun écoutait descendre le soir dans le crépitement des flammes et le sifflement des braises. (…) Il entonna les yeux fermés un chant diphonique traditionnel, dont la mélopée magique toucha le cœur de chacun dans le crépuscule. Deux mélodies dans la même voix, l’une de gorge, rauque et basse, longue, sourde, solide, comme les steppes immenses et millénaires, et l’autre de tête, sinueuse, ondulée, changeante, comme le galop des chevaux libres dans l’herbe affolée par les vents. »

Je vous conseille cette lecture avec une belle tasse de thé au beurre salé aigre accompagnée d’une tartine de myrtilles à la crème !

Ian Manook : Yeruldelgger. Édition Albin Michel , octobre 2013