Jean-Louis Giovannoni - Il est né en 1950. Il habite à Paris et est assistant social dans un hôpital psychiatrique. Il a fondé en 1977 la revue « Les Cahiers du double » avec Raphaële George. Il a été membre du comité de rédaction de « Nouveau Recueil » de 2005 à 2007. Il a obtenu le prix Georges Perros 2010.

TOUCHER L’INTÉRIEUR

On croit toucher la surface des choses et c’est déjà l’intime.

La peau c’est déjà l’intime.

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L’annonce c’est déjà le corps

le chemin du corps.

Par le toucher nos mains mesurent la distance.

Pourquoi gagner l’intérieur ? Chaque corps est pour nous un horizon.

Il n’y a pas d’intérieur tout est déjà intérieur.

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Peut-être que la surface n’est que l’appel incessant de l’intérieur ?

Tout corps se tient au bord de lui-même, de toutes ses forces, comme s’il attendait un signe pour se franchir.

L’annonce ne se fais pas au centre, mais sur le bord où l’on prend appel.

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Le simple abord des choses contient bien plus d’intérieur que ne peut en livrer un corps.

Les pierres refusent toujours leur intérieur en ne laissant toucher d’elles que de la pierre. À peine touchées, elles s’acheminent de tout leur corps vers la venue de ta main.

L’intérieur c’est toujours de la surface qui attend la main qui doit le révéler.

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Il suffit de voir, de toucher, de se tenir simplement à côté pour être à même l’intime, pour être à même la respiration de l’intime.

Pourquoi les choses se tiennent à distance ? Pour faire surface, se donner entièrement à l’étendue, à l’air, à l’espace et à ce qui les tient en présence.

Le bord de soi est un horizon qui se tient toujours assez loin pour que ton corps puisse aller à sa rencontre.

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On croit toucher terre dans nos pas alors que c’est le bord intérieur de son corps que l’on touche ainsi.

C’est toi que tu touches en touchant cet objet

et sa peau fait de ta peau le commencement de ton intérieur.

Les choses en te touchant font de ta peau un intérieur pour ton corps un intérieur que tu peux toucher.

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Là commence ton corps là où les choses se tiennent fermées

Tu n’es présent à toi-même que dans ce mouvement où le corps des autres donnent appui à ta propre terre à l’assise de tes pas.

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Il n’y a de corps que dans cet espace, dans ce battement qui tient les corps en présence.

Le mystère est là :

en prenant appui sur le corps des choses tu te mets à marcher

à marcher à l’intérieur de toi.

Jean-Louis Giovannoni : L’immobile est un geste, Editions Unes, pages 113 à 120.