Un texte proche de la poésie, celle que j’aime, qui reste à hauteur d’homme, qui griffe et caresse avec élégance. Jeanne Benameur connait le pouvoir des mots. Elle sait les agencer pour que naisse l’émotion. Pas besoin de lyrisme boursoufflé, c’est ici le minuscule qui fait mouche. Les mots sont comptés, jamais légers, parfois brusques, ils semblent murmurés. http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2013/05/comme-on-respire-jeann..

J’ai appris à habiter le souffle qui sortait de ma bouche. Cela s’appelle habiter une langue. C’est mon asile sûr. Celui où je me sens vêtue. J’entre dans un mot comme au creux d’une grotte creusée par d’autres, où je peux vivre, moi aussi. C’est cela une langue maternelle. C’est une maison qui accueille. Vous pouvez nicher tranquille. Et c’est immense, ça n’a pas de frontière. Il suffit d’apprendre. Comprenez. Apprendre peut être une merveille. La langue ne vous demandera jamais une carte d’identité. Elle est là, disponible, dans la bouche de ceux qui vous parlent. Et chacun de nous peut. J’ai vu de vieilles femmes admiratives des mots qu’elles ne roulaient pas sous leurs palais, habituées à d’autres sons. Intimidées. Puis avec un petit rire, la main légèrement posée sur les lèvres, s’essayant à la nouveauté de la langue inconnue. C’est naissance. C’est joie. C’est grande joie. Les sons passent d’une bouche à une autre bouche. On sourit. On rit. On se trompe. On est heureux. On recommence. Celui qui sait trouver asile dans une langue a trouvé un pays où être chez soi. Il en est l’habitant. Personne ne vous expulsera jamais d’une langue. pages 22,23,24