II

Vous marchez dans les sous-bois encore trempés de pluie et de l’éveil des serpents. Dans le vaste parc en désordre, vous allez sans but, vous contentant de la lumière, de la beauté des lieux, du miracle d’être là presqu’un peu par hasard. Les heures semblent ne plus égrener leurs leçons, dispenser leurs tortures. Les foules sont ailleurs, en cavale, à travers les rues des grandes villes. Galop insensé des foules et, pourtant, miracle que sont ces milliers de visages partout. Miracle du froissement des corps, des labyrinthes creusés dans la masse, dans la chair, dans l’épreuve du vivre. Bonheur d’être seul avec sa solitude, de la serrer entre ses bras puis de la bénir pour tout ce qu’elle nous accorde : le doute et l’espérance, la plus grande ferveur.

Vous allez, les jambes prises dans les herbes, dans la trouée d’arbres taillée hâtivement. Le chemin paraît s’élancer vers la lumière, vers l’azur. Couronne verte autour du château. Chants d’oiseaux et d’insectes. Traces de pas sur la terre humide. Entre les troncs picorés de soleil, vous apercevez le glissement de frêles embarcations. Expulsés du fond des âges, des totems accueillent le regard. Des chaises colorées sommeillent sous le soleil. Des oiseaux noirs s’élancent des herbes. C’est la leçon d’un jour, une leçon très libre, une journée buissonnière.

Joël VERNET : Totems de sable, Fata Morgana, 1996, pages 22-23.

Vos témoignages

  • michelle foliot 31 janvier 2013 18:15

    remplacer « pesant » par « confus ».

  • michelle foliot 31 janvier 2013 17:55

    Une vie, un jour, un moment, se situe souvent entre un avant et un après. Un avant, « pesant », à force de lassitude, traduit par l’entrelas, le foisonnement de la végétation, des rues de la ville, de la foule humaine, qui vous submerge. Un après, celui d’un éveil soudain, miraculeux, non expliqué, une prise de conscience peut-être qui vous fait percevoir la vie autrement. Alors,

    • à la complexité fait place la clarté
    • à la banalité fait place la beauté,
    • à l’inexistant fait place le vivant. Laissons nous marcher au hasard, il réserve quelquefois des surprises ; sortons de la quotidienneté, surgît la nouveauté.
  • Fleur de carotte 2 janvier 2013 20:53

    Je lis…J’aime beaucoup son écriture, ce qu’il y a dessous, l’être qui se cherche, se trouve, l’errance, la recherche de la simplicité, de l’épure. J’aime.