Printemps 1505. Michelangelo, bouleversé par la mort d’un moine à la beauté lumineuse part choisir des marbres à Carrare pour le tombeau du pape. Les paysages de marbre et de montagne, la population ouvrière de Carrare l’aideront à renouer avec son passé et à sublimer son art.

Les tailleurs de pierre riaient de voir cet enfant de la ville, si prompt à les suivre dans la poussière, s’y frotter avec tant de plaisir. Voyant que les adultes ne lui prêtaient pas volontiers leur ciseaux, il commençait à dessiner tout ce qu’il voyait. Et les tailleurs cessèrent de rire tant le talent de l’enfant dépassait l’entendement. Certains prétendirent même que le diable y était pour quelque chose. Mais Michelangelo ne les écoutait déjà plus. Un chemin lumineux et sanguin s’était ouvert en lui et il s’était promis de le suivre toute sa vie. Sa nourrice portait en elle assez d’amour pour lui faire croire qu’il n’avait rien à craindre et que, si cette voie était la sienne, il ne fallait pas la laisser s’échapper. Pour cela, il devait accomplir une chose : oublier les autres et plonger en lui même. Elle avait employé ces termes. Et quand, la tête la première il plongea dans son magma intérieur, il s’aperçut que sa chair était de pierre vive. De pietra viva. p 61 « Imagine les visages des premiers hommes quand un bout de paroi est tombé, quand le blanc a scintillé et qu’ils ont découvert ces pierres si blanches, issues de cette montagne si verte. Ils ont dû se retourner pour regarder la lune briller dans le ciel nocturne et se sont dit que des morceaux d’elle s’étaient échoués là(…..) Peut être que sans le savoir nous continuons à creuser la lune, à la percer, à la trouer. Toi, tu la sculptes ! » p 187

Léonor de Recondo : Pietra viva, Sabine Wespieser éditeur, 2013.