Km 500 est un recueil composé de plusieurs textes évoquant des lieux traversés ou investis par Louis Calaferte. Si l’écriture de certains textes semble inaboutie, le projet de Louis Calaferte de consigner toutes ces impressions lors d’un voyage en train de plusieurs journées ouvre des pistes pour l’écriture.
« Débuts à Paris », dernier texte du recueil, est très beau. Dans ce récit de formation, Louis Calaferte raconte son expérience d’exil à Paris avec l’espoir de devenir un comédien reconnu.
ic - un tisseur

Un retard du train, de trente minutes, m’a permis de sortir de la gare et d’aller prendre un chocolat chaud dans un café proche où j’ai constaté la vivacité frappante de la patronne et de ses deux enfants. Tessonnière est à plusieurs kilomètres de la gare, sur une longue éminence verdoyante, mais presque sans arbres. Devant la gare, où je prends cette note, rien de beau, mais une douceur reposante. J’ai droit au salut du cantonnier qui balaie devant le café, souhaitant visiblement être diverti par tout ce qui peut se présenter. Ce retard a eu pour agrément de me faire lier conversation avec trois personnes qui m’ont parlé des asperges sauvages qui poussent ici en abondance, qu’on cueille en bordure des champs, recherchées par les Espagnols et les Portugais établis dans la région, qui cueillent également les fleurs de colza, les font bouillir et les mangent en vinaigrette, ce qui, paraît-il, a fort bon goût. J’ai appris aussi que c’est l’Aveyron qui charrie cette eau boueuse tant de fois longée ou enjambée en train depuis ce matin.

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Au risque de faillir à mon devoir de touriste littéraire, je resterai ce soir dans ma chambre. Je ressens la fatigue dans tout le corps ; j’ai remis à demain la visite de la cathédrale. Je commence à entrevoir l’intérêt de mon entreprise. Il consiste en ce que je me déplace en curieux attentif. Dans d’autres conditions, je n’eusse pas éprouvé l’ombre des impressions que je m’impose de consigner, ou du moins, eussent-elles été moins vives. Par exemple, qu’eussè-je autrement retenu d’une ville telle qu’Albi ? peut-être uniquement qu’elle est assez bourgeoisement médiocre, qu’on y voit de belles femmes, que les gens y sont courtois, mais sans grande aménité, qu’un après-midi suffit à en faire le tour et à visiter des monuments tant vantés par le dépliant touristique.

Louis Calaferte : Suite française, in KM 500 éditions Tarabuste, pages 75 et 83.