Maïssa BEY nous donne à voir ce crime « modeste » somme toute banal, mais qui par une écriture sobre, économe jusqu’à l’épure, confère à cette « saison » dans la vie d’une jeune algérienne, une saisissante force symbolique . Connivence totale avec son personnage. Séquences centrées sur Nadia , sur ce qu’elle entend, voit perçoit de sa place à elle. Roman scandé en pages courtes ou longues dans lesquelles l’essentiel est cerné, restitué en mots. Livre semblable à ces dessins où une ligne dépouillée suggère plus que mille traits extrait de la postface de Claire Etcherelli14

Nadia avance. Elle salue le jour naissant comme au commencement du monde. Elle est seule. Plus seule et plus libre qu’elle ne l’a jamais été. Elle court maintenant, les bras étendus, rêve d’oiseau qui fendrait l’espace sans que rien ni personne ne puisse le retenir….p 17

Effrayée par la concupiscence à peine déguisée qu’elle a pu lire dans les regards qui accompagnent le moindre de ses mouvements, Nadia a renoncé à se baigner ces jours-là. Puis elle a renoncé à sortir de sa chambre. p 48

Faut-il qu’elle dise qui est son frère ? trouvera-t-elle les mots ? Avec quels mots dire le silence ? p 60

Elle a mal parce que tous ces mots, tous ces discours pèsent aujourd’hui plus lourd que le tendresse partagée. p 85