….La Poésie, dire d’un instant pour traquer l’indicible, les spectres et les silences, crever les bulles, débloquer les peines, cautériser les plaies, s’assurer qu’elles se cicatrisent. On appelle la poésie à la rescousse pour tout cela mais aussi parce qu’on s’accroche à ce qui fait qu’on se prétend humain…….. Pourquoi la Poésie ? Pour apprivoiser la parole, repousser les marges, affronter les cris……. La Poésie, pour nommer les choses qui n’ont pas de nom……Le poème a le don de consoler. Les mots et la voix se transforment en cette main tendue sur l’épaule, cette rue familière où le cœur ne craint pas de s’attarder. La Poésie ? Une compagne, elle me tient la main sur le chemin et surtout, elle est un complément au plaisir de vivre. M.-C. Agnant

N O M A D I

la chanson disait l’Italie soudain revenait un vieux songe égaré ils découvraient des sentiers inexplorés l’oiseau bienveillant taquinait l’enfance elle arrivait rieuse leur rappelait qu’ils étaient vivants

les rêves affluaient pour conspuer la douleur dire l’amour le nommer ils savaient bien sûr ils savaient qu’il est tout pareil tout partout mais il y a des cieux où le rêve jamais ne trahit

Piazza San Marco ils accueillaient l’offrande bleu du ciel elle buvait le soleil à la coupe de ses lèvres il l’avait baptisée Etoile sa voix était douce quoique incertaine son cœur tressaillait sous une petite robe de baptiste baptiste ou mousseline son cœur perdait le nord quand elle entendait : Stella, sempre più bella ! dans sa robe de baptiste sous le soleil Piazza San Marco elle voulait être une fleur ressuscitée

Firenze ils avaient tressé des couronnes avec des lauriers roses et blancs les grenadiers offraient leurs fruits elle avait inventé pour lui seul une danse sous la pluie Bologna et Modena les maisons en ruines étaient des châteaux ils achetaient sans marchander leurs soupirs effarouchaient les oiseaux qui y trouvaient refuge

là ils réinventaient l’amour et même l’insoutenable folie des pigeons ressemblait à la tendresse puis les dieux leur ont donné Venezia Venise ses gondoles les chansons tristes des gondoliers leurs yeux s’extasiaient ils confondaient tous les noms dans le dit de ce qui ne se dit pas ils avaient trouvé le chemin neuf

c’est une chanson qui dit l’Italie elle semblait n’avoir que quelques mots juste assez pour bâtir un rêve amore domani nostalgia lontananza

ses lèvres avaient le poids des chairs épanouies à cause d’elles il avait oublié toutes ses guerres oublié le temps et ses griffures pour remonter aux premiers émois Milano les rues grouillantes de monde étaient des jardins solitaires habités seulement par leurs rires puis ils ont légué leur cœur au ciel de Gallipoli et depuis Gallipoli oui depuis toutes les rues de toutes les villes mènent vers une gare déserte où il la guette où elle le cherche