…« Le travail d’écriture est une étreinte avec la matière verbale, c’est de l’empoignade, c’est long, ardent, parfois violent ; et c’est, à mon sens, organique parce que c’est une patiente affaire de matière et de corps »…

Marie-Hélène Lafon - Pour Ecrivains d’aujourd’hui

Le jeudi était le jour des pieds. La mère ne pouvait pas se pencher. Mo faisait les soins avant le coucher. Il usait de linges blancs et souples, l’un pour essuyer les pieds, l’autre dont il ceignait sa taille. Il ne voulait pas mouiller son pantalon ou le salir. Les pieds de la mère étaient durs et cornés, larges, courts et gonflés. Il les prenait dans ses mains. Elle ne disait rien. Elle tenait son menton droit et regardait loin devant elle, contre le mur, elle voyait à travers les images de la télé, elle n’éteignait pas, elle gardait les images, elle enlevait le son. Elle aimait l’eau tiède. On entendait des clapotis, de menus frottements, ou des cliquetis d’instruments métalliques. Il coupait les ongles de la mère chaque semaine, il les coupait très courts, au ras de la chair ; la matière des ongles était jaune, épaisse. Les pieds de la mère ne sentaient pas. Il apportait la bassine d’eau tiède, presque chaude. Il gardait cette bassine ronde et orange dans le meuble bas de la salle de bains, sous le lavabo. Elle ne servait à rien d’autre, elle restait neuve et luisante. Les pieds de la mère trempaient dans la bassine. Ils reposaient. La mère ne bougeait pas.

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Il s’est approché. Maria a dit sans se retourner, des fois je me demande si tu sais lire j’ai regardé ton cahier dans le sac les fautes que tu fais c’est incroyable. Il n’a plus senti son corps ni la lumière ni rien. Il a pris Maria, il l’a poussée contre le mur bas, il a donné toute sa force, il voyait ses cheveux brillants, elle n’a rien pu, elle est tombée, sur le parking des gens ont parlé, ils ont crié. Il a attendu.

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