Une langue qui coule malgré les fers qui la retiennent, une parole âpre et sans fioritures et voilà que la poète nous entraîne sur le mince et périlleux fil d’une course à travers forêts, neiges, bois, souvenirs, course à travers les lieux pentus et enneigés mais mal définis… Lieux chéris de l’enfance, territoires accidentés de la vie ou de la création ? Le troisième recueil de Mary-Laure Zoss, Entre chien et loup jetés, semble d’abord narrer tant bien que mal la fuite de personnages traqués par rien si ce n’est pas le temps. Le Diffuseur poétique

On ne sait marcher qu’en biais ramassant du brouillard à pleines mains sur les pourtours pour faire semblant d’avoir les poches pleines, on appelle à bout portant à travers la boue noire - les mots ne rendent aucun son,les premiers pris dans les branches,les autres n’en parlons pas, certains jours on met le feu au vent, aux toits bas, aux crêtes calcaires, on casse des flaques dans un contour, traînant un gouffre à chaque pied, on avale des tranches taillées à vif dans l’angoisse, trop peu à déclarer pour être admis - fût-ce dans le grand espace

Mary-Laure Zoss : Entre chien et loup jetés, Cheyne, 2008, page 72