Mercredi 27 septembre 2006 Le visage levé vers le ciel est « lavé » par le soleil et le vent. Là-haut, sur le plateau, assise à regarder les horizons… le corps est pris dans le contraste chaud-froid du soleil et du vent. Ne peut se percevoir comme une unité. Le regard s’arrêtera sur quelques « fragments du monde »… Au sommet d’un chaos de rocs, un peu d’eau frémit doucement dans le creux d’une pierre, ainsi que quelques reflets de lumière sur une roche voisine. Un insecte remue dans l’eau. Je le rattrape sur un doigt, le laisse sécher au soleil. Mais, il saute brusquement de mon doigt, alors que je pouvais m’attendre à son envol, lui ayant vu de toutes petites ailes. Un machaon volette ça et là, se pose sur les pierres, les ailes refermées. Seul. Plus loin, marchant près d’une longue clôture, j’aperçois, rendues visibles par la lumière, des centaines de fils de soie, ceux auxquels étaient accrochées les toiles d’araignées, dans les genêts. Ils sont maintenant retenus par les barbelés, et, soulevés par le vent, sont tous horizontaux et ondulent. Plus loin, encore, de nombreuses corneilles s’envolent, toutes ensemble d’une zone marécageuse. Puis, quelques-unes se posent sur des piquets de clôture. Sept corneilles sur sept piquets : ponctuations noires sur fond de ciel bleu. Dire encore, au retour, les bruits étranges des geais, les allées et venues, dans les buissons, des bruants jaunes et des bruants fous, mêlés. Et puis, les ombres, qui maintenant, s’allongent rapidement.

Lundi 9 octobre 2006 Je crois faire un « bruit d’enfer » en marchant dans la forêt : les feuilles et les brindilles craquent sous mes pas et une de mes chaussures fait un vilain grincement. Pourtant… ce petit groupe : biche, jeune, et cerf, je ne les dérange pas. Ils broutent en avançant lentement à quelques mètres au-dessus de moi sur le versant. Mais, voilà que je suis déséquilibrée. Craquements de quelques brindilles. Le cerf regarde longtemps dans ma direction. C’est bien sur moi qu’est posé son regard - son long regard et oreilles mobiles, langue passée sur le museau. Puis, il se remet à manger. Suis-je invisible ou pierre ou arbre… à travers des yeux ? J’aime si fort cette forme de ma « disparition ». Un autre bruissement, plus haut, amène une biche et un cerf. Le premier cerf monte à la rencontre des nouveaux venus, avance vivement. Mouvements brusques de la tête, bois en avant. Le second cerf, sans affrontement, s’en va. Il passe tout près de moi. La biche, elle, suit un instant le premier cerf. Puis, je ne la vois plus.

Les trois premiers, lentement, traversent le chemin, un peu en dessous du lieu où je me trouve. Longtemps, j’écoute décroître, dans la descente, le bruit des pas tranquilles.

Odile Fix : L’autre face du froid, Paupières de terre, 2012, pages 23-24, 32-33.